Et on remet 5F dans le jukebox

Après 3 semaines de silence, je repasse une tête ici pour vous dire que je ne vous oublie pas et pour vous donner des nouvelles moroses.

Cette année, le pont de l’ascension servira aussi de pont entre mes 31 et mes 32 ans. Depuis mon adolescence, mon anniversaire est souvent passé au second plan (en plein bachotage, ça n’a jamais été pratique, et puis c’est une autre occasion de se morfondre sur un bilan déprimant). Et puis je n’ai pas vraiment aimé grandir, j’étais déjà nostalgique de la maternelle quand j’étais en CM1… Bref, je ne mettais pas de grands espoirs dans cet anniversaire. Et l’humeur du moment semble renforcer la perspective d’un événement tristounet, même si je le passerai en famille.

On est fatigués, on est déprimés – je veux dire mon mari et moi. Tous les deux dans l’attente, moi d’une grossesse, lui d’une fin de contrat. On a du mal à se parler, ou plutôt à s’entendre, je lui saute à la gorge pour un rien, il n’a plus de patience pour mes moments de tristesse… Rajoutons par dessus des problèmes dans la famille, qui signifient des jours de congés posés pour des déménagements ou des weekends à passer avec des enfants énervés qui ne sont pas les nôtres… C’est dur en ce moment.

Plus personnellement, j’ai parfois l’impression d’être revenue deux ans en arrière. Moi qui étais peu sujette au syndrome prémenstruel, je me suis retrouvée la dernière fois à sangloter jusqu’au Lexomil, de tristesse, de désespoir, de colère, de fatigue – évidemment alors que j’étais dans ma belle-famille, sinon ce n’est pas drôle. Je perds complètement le contrôle de mon humeur, je crains chaque jour de craquer devant quelqu’un d’important. J’ai sauté le dîner convivial au milieu du voyage de labo parce que je n’arrivais plus à cacher ma tristesse. J’ai dû retenir mes larmes en regardant la vidéo du spectacle de danse de ma nièce en moyenne section. Je n’ai même pas la force d’aller rendre visite à une très proche amie, à l’hôpital pour une infection nosocomiale, parce que je sais que je ne supporterai pas les 2h de RER, alors je laisse mon mari y aller seul…

J’ai craqué hier devant lui, craqué parce que faute de vrai travail, faute d’énergie, ma vie se résume à des petits coups de main qui m’épuisent quand même, et qui n’ouvrent aucune perspective durable. Je m’en veux à mort de ne pas pouvoir lui dire de claquer la porte de sa boite alors qu’il n’en peut plus. Je ne sais pas combien de temps je devrai attendre avant de pouvoir réaliser vraiment un projet professionnel. Je vois à quel point mon énergie est faible, je n’arrive pas à imaginer comment quelqu’un voudrait m’employer, parce que mes merveilleuses qualités ne compensent pas vraiment ma fragilité et mon instabilité.

Je vous écris avec le ventre toujours aussi vide (enfin plein de galettes de riz soufflées pour combler mon envie de goinfrerie émotionnelle à moindre coût calorique). J’en suis certaine parce qu’on a commencé les examens du bilan d’infertilité, et qu’une formidable semaine de déplacement pour mon mari s’est calée aux meilleures dates. La bonne nouvelle, c’est que de mon côté, niveau biologie sanguine tout est « ridiculement normal » (comme dit l’Ours), et l’échographe m’a dit que je pourrais repeupler la planète avec mes ovaires (en tout, 39 follicules antraux à J3 sans aucune suspicion d’OPK, ça vous en bouche un coin, non ?). On attend les résultats de Monsieur, pour savoir si on devra remettre nos projets de famille dans les mains la Destinée ou de Sainte PMA. Et même si du côté de ma machinerie c’est une super nouvelle, je ne vois que l’attente va se poursuivre.

Pleurnicheries d’enfant gâtée ? La fille qui se plaint alors qu’elle ne travaille pas, qu’elle a un bel appartement, un gentil mari, toutes les probabilités du monde d’avoir une famille d’ici quelques années, et pas un cancer et un genou défoncé comme ma belle-sœur… En plus d’avoir les boules de vivre ça, j’ai la culpabilité d’avoir envie de me plaindre juste parce que je dois aller garder mes neveux…

Alors voilà, pour mes 32 ans, j’ai juste l’impression de remettre une pièce dans le jukebox pour revivre du déjà-vécu : dépression, colère, fatigue, horizon bouché. Tous les jolis progrès de l’année dernière se cachent derrière le moral à zéro. Je sais que c’est de nouveau le déséquilibre chimique de mon cerveau qui parle, mais je vous l’avoue, 7 ans de lunettes fumées, ça commence à peser sur ma combattivité.

Je n’ai pas vraiment de mots plus optimistes pour conclure, et en même temps je n’ai pas vraiment envie d’écrire « juste pour me plaindre ». Presque d’avance, j’ai envie de dire à qui me répondra : « je sais ». Je sais que ça ira mieux, je sais qu’il y a du bon dans le moins bon, je sais que j’ai beaucoup avancé pendant tout ce temps, je sais que mes résultats médicaux sont encourageants… je sais je sais je sais ! J’ai juste envie de chialer, juste envie qu’on me laisse être triste parce que chaque jour l’immeuble devant chez moi se construit un peu plus et me mange un peu plus de ciel, qu’on me laisse me plaindre de mes petits maux de privilégiée avec sympathie. J’ai aussi envie que mon traitement soit de nouveau équilibré, de ne plus être une cocotte-minute prête à exploser (ah oui, je ne vous ai pas dit, en plus d’être sur la mauvaise pente de la déprime, j’ai l’intelligence qui dégouline à travers la passoire, et j’ai failli nous tuer en cuisant des légumes à la vapeur sans mettre d’eau dans la cocotte – entre autres exploits cognitifs qui me donnent l’impression de perdre les pédales intellectuelles autant que les pédales émotionnelles).

Alors désolée, je vais m’en tenir là, sur ces mots moroses, ces mots tristounets, ces mots dépressifs en fait. Vous demander de m’excuser de ne plus commenter, de ne même plus vraiment vous lire parfois. Vous demander d’attendre encore un peu pour le poignant article de 2.3km sur mon rapport au corps. Vous souhaiter le meilleur pour les jours et les semaines qui viennent, en espérant que l’espoir aura supplanté la déprime la prochaine fois que j’aurai le courage de me mettre au clavier. A plus, les filles, prenez soin de vous !

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7 réflexions sur “Et on remet 5F dans le jukebox

  1. Merci pour ces nouvelles, même moroses elles ont quelques choses de rassurant.
    Je ne vais pas te dire ce que tu sais déjà alors je vais tout simplement te dire que tu as le droit d’être triste et que tu as le droit de déverser autant de larmes que ton corps peut en produire si ça te chante. Dans ce doux monde qu’est la blogo tu pourras toujours te plaindre et tu auras toujours des cœurs en retour ❤
    Je n'ai aucune idée de ce que tu traverses donc je n'ai aucune idée de comment t'aider mais si tu as besoin de parler ou d'une madeleine pour pleurer en chœur avec toi, n’hésites pas.
    Bises très chère Maëlle

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  2. Merci Ars Maëlle de venir donner de tes nouvelles. Laisse aller ta tristesse et tes larmes si tu en as besoin, c’est encore plus douloureux de les retenir.
    Je ne sais ce qui peut t’aider en ce moment, mais si tuas besoin de réconfort, d’écoute n’hésite pas.
    Je te fais un calin tout doux et apaisant.

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  3. Eh bin c’est pas la joie dis donc… Et franchement pour être passée par là, sainte PMA c’est pas si affreux que ça (une fois fini) et ça fait de très beaux enfants, promis!^^

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  4. Bonsoir,
    Plein de courage pour traverser cette période grise…! Les anniversaires sont souvent des périodes délicates où on se sent obligé de faire le point, de dresser des bilans. Quoiqu’il arrive la vie suit suit son cours et ce qui n’a pas été réalisé une année à toutes les chances de l’être celle qui vient ! (d’autant plus lorsqu’on se trouve au coeur de sa jeunesse, période qui s’étend selon moi, au moins jusqu’à 40 ans ☺)
    Je vous souhaite d’être douce et patiente avec vous-même, car vous le méritez!

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  5. Et si tu prenais quelques jours pour te vider la tête avec ton mari? Un peu de soleil, de vacances, pour vous ressourcer, ne plus penser. .. juste vous aimer et prendre soin de vous ?

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  6. Même si ce billet est bien triste, ça me fait plaisir de te lire à nouveau. Je commençais un peu à m’inquiéter.
    Alors même si c’est pas pour des bonnes nouvelles, tu as bien le droit de te plaindre un peu.
    Je t’embrasse.

    Aimé par 1 personne

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