J’ai mal au travail

Quand mon papa praticien hospitalier a préféré une décote à 4 chiffres que de rester jusqu’à sa retraite officielle pour ne pas voir le travail de toute une vie démoli par la logique comptable de son directeur…

Quand mon amie ingénieure a failli devenir folle coincée sous les ordres d’un chef incompétent…

Quand un ministère recase en mi-temps thérapeutique un fonctionnaire dépressif à un poste qui a envoyé en dépression ses deux précédents occupants…

Quand mon mari cadre se voit proposer un arrêt de travail par cinq (5 !) médecins différents parce qu’il ne dort plus et que son travail lui ronge l’estomac…

Quand un copain de copain dans l’industrie pharmaceutique m’explique très sérieusement qu’il doit facturer 25h de travail sur la journée du lundi parce que sa time-sheet ne prend pas en compte le travail du weekend…

Quand ma meilleure amie urbaniste m’appelle en pleurs chaque semaine parce qu’elle n’en peut plus, et que je me suis retrouvée à traverser Paris en semi-panique pour vérifier qu’elle allait bien le jour où sa collègue m’a téléphoné car mon amie n’était pas au bureau et qu’elle ne répondait pas

Quand j’apprends par la femme d’un copain ingénieur-chercheur que son entreprise l’a mis sous surveillance pour risque suicidaire au lieu de le décharger d’une partie de son travail…

Quand le conducteur du bus me raconte avec un rire jaune que son régulateur doit « prendre des cachets » pour affronter sa journée de travail à gérer ses lignes au milieu des travaux…

Quand je me mets à pleurer en entendant un passager balayer d’un revers de main la souffrance des chauffeurs au bord de la crise de nerfs

Quand je croise les doigts pour que les étudiants ne voient pas mes yeux rouges et gonflés, parce qu’il faut quand même bien aller bosser…

Quand de toute façon, mon cours tombe à l’eau car même mes meilleurs étudiants n’ont pas avancé et n’arrivent pas à garder les yeux ouverts parce que leurs enseignants leur apprennent à la dure le principe de la charrette et qu’ils n’ont pas dormi depuis une semaine…

Quand la secrétaire n’en croit pas ses yeux lorsqu’on la laisse finir ce qu’elle est en train de faire avant de s’occuper de nous, alors qu’on a une demi-heure d’avance…

Quand le médecin est prêt à se surmener pour caser une consultation de plus pour mon amie qui a besoin d’un arrêt de travail pour surmenage (et qu’on refuse parce que trop d’ironie tue)…

Quand ma directrice de thèse me dit sans rire qu’elle a culpabilisé de ne pas recevoir ses mails professionnels ce weekend à cause d’un problème au service informatique…

Quand malgré tout ça on fait partie des chanceux parce qu’on a un boulot

Quand pour couronner le tout il faudrait accepter que certains pas-encore-avocats « fils de » touchent plus de 3000€ par mois pendant leurs stages…

… je crois que c’est clair, Docteur. J’ai mal au travail.


Toutes ces anecdotes sont authentiques et sont arrivées récemment à des personnes réelles de mon entourage. Deux d’entre elles seulement ont plus d’un an, la moitié date d’aujourd’hui même.

Pour la majorité, elles concernent des travailleurs diplômés à des postes enviables. Ce n’est pas le quart de la moitié du commencement du problème de la souffrance au travail. Et la souffrance au travail n’est pas le quart de la moitié du commencement des problèmes du travail aujourd’hui.

Mais ce tout petit bout, il est déjà trop grand, humainement bien sûr, mais même les plus pragmatiques des tenants du grand capitalisme seront capables d’imaginer combien ils coûtent à la société – en baisse de productivité, en arrêts de travail… Dans ce système qui marche sur la tête, on préfère payer les pots cassés que de faire ce qu’il faut pour éviter les chutes (enfin non, soyons honnêtes, il y en a plein qui préfèreraient qu’on ne paie rien du tout… combien de temps encore notre frêle système de protection sociale tiendra-t-il ?).

Je rêve d’un monde où on prendrait le temps de s’assurer du bon équilibre de tous les pots, pour qu’ils arrivent tous pleins et entiers à destination, parce qu’on se rappellerait que chacun de ces pots est une œuvre d’art unique et précieuse, et pas juste un contenant parmi tant d’autres pour un contenu dont il ne profitera jamais.

Ce soir, c’est le premier grand débat pour l’élection présidentielle. Je ne suis même pas sûre d’avoir la force de le regarder. Mais je sens au plus profond de moi que notre monde est à la croisée des chemins, qu’il nous appartient de créer une alternative généreuse et optimiste, soucieuse de l’autre, de l’avenir et de la planète, une alternative à la répétition du pire qui, à coup de populisme, de haine et d’avidité, nous envoie droit dans le mur individuellement et collectivement.

J’aimerais faire tellement plus pour donner de l’ampleur à cette alternative, mais je suis à bout de force, alors pour ce soir, je m’en tiens à ce cri du cœur : ce précieux pot, c’est l’autre, c’est vous, c’est moi ; ce monde qu’on habite, c’est le mien, c’est le vôtre et celui de vos enfants… Alors pensez à lui, à eux, à nous, lorsque vous choisirez le bulletin à glisser dans l’enveloppe le mois prochain.

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25 réflexions sur “J’ai mal au travail

  1. Ce qui est assez fou, c’est qu’en dessous de cet article, il ont mis une pub pour « wework.com » 😉

    En tout cas je suis d’accord avec toi. Il y a quelques jours, j’entendais une youtubeuse (maintenant que je suis en congé – yiha ! – maternité, j’ai du temps pour… regarder des bêtises) (non mais on va dire que je suis pas habituée à dépenser mon temps libre intelligemment : ça aussi ça devrait être un apprentissage) parler des Etats-Unis avec leurs bons et mauvais côtés, et elle disait dans les bons côtés que tout le monde était agréable dans les magasins. Et elle partait sur tout un laïus comme quoi aux EU, les gens ne se posaient même pas la question de travailler, qu’ils n’avaient pas le choix vu que y’avait que dalle comme aides sociales et assurances santé, et que du coup tout le monde était super heureux d’avoir un travail pour (sur)vivre, même tôt le matin, tard le soir et le weekend. Et je me disais : « Mais comme tout ça est incroyablement triste, des gens qui ne vivent que pour travailler car ils ne peuvent pas vivre sans travailler énormément, dont le travail a finalement remplacé les loisirs par nécessité… » Pour moi ce n’est pas un avantage des EU sur la France, pas du tout, et le vrai progrès, ce serait d’aller dans l’autre sens…

    (Malheureusement, je crois que les gens sont maso, et vont plutôt voter pour ceux qui leur promettent du travail, encore plus de travail, quitte à être moins payés (??) : la propagande « travail famille patrie » a décidément encore de beaux jours devant elle…)

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    1. Réponse à la volée : maintenant que tu as du temps libre à employer bêtement, si tu lis l’anglais, va sur Reddit, il y a entre milliers d’autres choses des tombereaux de témoignages sur l’aliénation mentale des travailleurs en « retail » (vente), tu as presque l’impression qu’ils doivent atteindre un état de dissociation psychique pour travailler alors que leur ego est laminé puis transformé en paillasson pour les clients… Clairement pas mon rêve de Bisounours
      PS : quand je serai riche ou plus ambitieuse, je leur filerai leurs 5€ pour éviter la pub, mais pour l’instant je ne suis ni l’un ni l’autre 😉

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  2. Ton article me touche beaucoup, parce que j’ai été cette personne mal au travail, que mon mari l’a vécu aussi et que même dans ton entourage familial il y a des gens qui ne comprennent pas et ne te soutiennent pas ! C’était devenu une obsession pour moi, j’en parlais tout le temps et j’ai dû soûler pas mal de monde ! Heureusement, on en est enfin sorti tous les deux ! Pour autant, je ne comprends pas que certaines personnes puissent à ce point être blasés et manquer autant d’empathie pour te dire : moi quand je travaillais (retraité powaaaa) je ne me posais pas autant de questions, j’y allais et puis c’est tout !
    Ben justement, je ne trouve pas tout ça normal !

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    1. Ce déni de la souffrance, c’est ce qui m’a mise KO lundi quand j’ai écrit l’article. Je ne sais pas trop si les conditions étaient différentes à l’époque (mine de rien, les retraités d’aujourd’hui sont les baby-boomers, qui n’ont pas été biberonnés au désespoir comme on l’a été) ou si c’est effectivement le seuil de tolérance qui n’était pas le même, mais quoi qu’il en soit, c’est certain : ce n’est pas normal de pleurer tous les jours / ne plus dormir/ perdre ou prendre 20kg / etc. à cause de son travail !
      C’est bien que vous ayez tous les deux trouvé une issue positive, ça veut dire qu’il existe encore des endroits où on peut bosser dans de bonnes conditions…

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  3. Hum … y’a des moments où finalement mon chômage/mère au foyer me paraît tellement agréable … d’un autre, j’y suis aussi parce financièrement, nous n’avons pas besoin que je travaille (et mon surmené de mari, bien besoin de relai), j’ai juste envie d’un p’tit job peinard, épanouissant mais qui me laisse le temps de profiter de mes enfants … je cherche encore, mais qui sait ^^

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    1. Oui, même mon mari qui déteste l’inactivité se prend à rêver de chômage !
      J’espère que tu trouveras quelque chose qui te convient, et aussi peut-être que ton mari pourra lever le pied pour être une peu moins surmené – c’est un truc qui me tracasse beaucoup, vu nos diplômes il est peu probable que je gagne plus que mon mari, mais je n’ai pas envie que nos enfants ne voient pas leur papa la semaine (comme les petites filles que j’ai gardées il y a deux ans) du coup on s’est clairement dit qu’on partirait là où c’est moins cher pour qu’il puisse avoir un 4/5 si ce n’est pas possible autrement.

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      1. Ils cherchent un troisième associé pour lever un peu le pied (genre avec une journée et demi de repos en semaine et non pas deux 1/2 journées), surtout les week-ends.
        Et bientôt, il y aura un secrétariat dans leur maison médicale et donc moins de paperasse, hourra!

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  4. Je fais également ce triste constat, alors que depuis ma petite bulle de privilégiée, on peut dire que je côtoie plutôt des personnes avec des situations enviables, au moins sur le papier. Je ne comprends pas comment on a pu en arriver là ? Et comme je n’y connais rien en sociologie, très peu en politique et en histoire, et que je n’ai pas le temps d’aller chercher l’information, je n’ai même pas le recul pour savoir si cette situation s’est particulièrement dégradée ces dernières années, ou si c’est simplement ma perception qui s’est affinée.

    Lorsque j’en discute autour de moi, je suis confrontée à deux réactions diamétralement opposées :
    – celle qui rejoint mon sentiment (et le tien, j’ai l’impression) que ce monde marche sur la tête, que la valeur « travail » a pris une importance complètement démesurée et qu’une des seules manières de réinventer notre société est de choisir consciemment de modifier notre système de valeur pour remettre l’intérêt public au coeur de notre organisation en tant que société ;
    – et celle qui s’étonne même que l’on puisse remettre en cause ce dogme, et qui pousse à toujours plus de travail, de sacrifices et de pression, quitte à laisser sur le bord de la route les plus faibles, les plus idéalistes, les plus naïfs et les moins chanceux.
    Et bien sûr, la première réaction est nettement minoritaire.

    Bref, je partage ton triste constat et je me sens complètement impuissante devant la catastrophe qui continue de se préciser à grands traits.

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    1. Moi non plus, je n’arrive pas à savoir si c’est la réalité ou le regard qui a changé, mais mon hypothèse, c’est qu’on a dû se déplacer dans le paysage et que les problèmes ne sont plus les mêmes. Parce que la logique de productivité à tout prix n’a pas le même impact sur un emploi manuel et sur un emploi de bureau, parce que la globalisation a distendu les liens d’interconnaissance entre les différents maillons de la chaîne, parce qu’on n’a pas revu notre organisation alors que la croissance n’est plus au RDV (n’est plus un objectif pertinent ?)… Bref, un système qui avait son efficacité et aussi une forme de violence acceptée, mais qui appliqué sur une situation différente a moins d’efficacité et une autre forme de violence moins bien acceptée…
      C’est certain, pour moi il faut que collectivement, on essaie de se rappeler à quoi sert le travail… J’ai été subjuguée par une petite formule un jour : « l’argent est un moyen, pas une fin ». Ça a mis du sens sur une intuition que je n’arrivais pas à formuler. Pour moi, le travail, c’est la même chose : pas une fin en soi, juste un moyen de produire collectivement les biens et les services nécessaires au groupe – donc si une machine peut faire le boulot, ça ne devrait pas être une condamnation à la pauvreté pour quelqu’un, mais au contraire un peu de temps libéré pour tout le monde pour être à nouveau créatifs et améliorer la vie de la société. C’est en lisant la saga Ayla que ça m’a frappée : dans leurs petits groupes préhistoriques avec une assez faible division sociale du travail, on sait que le but est que tout le monde ait à manger, donc tout le monde bosse ensemble pour que ça marche, et tout le monde a une part, même s’il est trop faible pour avoir contribué. La spécialisation des compétences et l’élargissement des groupes ont favorisé un énorme progrès technique, mais il a fallu créé un média pour échanger le fruit du travail des uns et des autres, l’argent, et on a perdu de vu pourquoi on faisait ce qu’on fait. On ne travaille pas pour gagner de l’argent ! On travaille pour que globalement, il y ait assez de nourriture, de santé, de belles choses, de transmission de savoirs, de sécurité… pour que notre groupe humain se porte bien. Et dans cette logique-là, on ne devrait pas avoir à se battre pour garder un travail de merde juste pour ne pas mourir de faim.
      Expliquer ma vision coconaïve du monde serait un peu long en commentaire, et certains l’ont sans doute fait mieux que moi, mais je suis persuadée qu’en déconstruisant les raisons qui ont fait notre système tel qu’il est, on pourrait faire le tri entre ce qui vaut la peine d’être gardé (la production de biens et services nécessaires, le progrès technique, la socialisation par le travail, l’accomplissement personnel) et ce qui n’est que reliquat obsolète d’un fonctionnement antérieur – c’est un peu le contenu de mon métier secret (quand je ne suis pas chercheuse 😉 ) , retourner aux sources des besoins pour enlever les oripeaux de l’habitude, je trouve ça passionnant.
      Bref, je m’étale, mais j’y reviendrai sans doute dans d’autres billets, pour essayer de faire l’éloge de la vision minoritaire…

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  5. Ici nous vivons un total replis sur nous même (ne parlons même pas des élections, ça me file des boutons!). Car nous faisons le même constat depuis des années. On a bien essayés de se battre, les deux péquenots indignés place de la République à Lille, c’était nous…

    Et puis on s’est résignés et on s’est cassé!

    Adios la villes et ses horaires de malade. Ici on vit du smic mais on vit bien (mieux?). Chéri-chéri a arrêté de se bouffer (littéralement) les dents pour une entreprise prête à le presser comme un citron pour bosser à son compte, à la maison, pour moins de 700€ par mois. C’est pas l’Amérique, c’est sûr mais avec mon salaire de prof ça passe (tout juste!)…

    Et moi j’enseigne désormais dans un petit LP de campagne où aucun prof ne s’est encore fait agresser physiquement (si si ça existe!), c’est pas le paradis mais comparé aux agressions quotidiennes de mon lycée du Nord, je peux dire que ça repose.

    C’est loin d’être facile mais parfois il faut savoir dire stop et changer de voie quand celle dans laquelle on est nous rend malheureux, stressés ou aigris.

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    1. Bravo !
      On y a pensé, quand mon mari était au plus bas je lui ai proposé de vendre l’appart’, que je prenne un boulot facile d’accès en province où on paierait le loyer deux fois moins cher et les courses 30% de moins.
      Sauf que pour l’instant, j’ai repris goût à mon job, qui en gros n’existe que dans les grandes villes, donc on a encore l’espoir de trouver un équilibre autrement.
      Mais ma mère l’a fait, partir, vivre bien en deçà des revenus que lui « garantissait » son diplôme, et son exemple me rappelle régulièrement qu’on n’est pas enchaînés à ce système de fou – sauf que des fois, le « ça passe tout juste » ne passe plus vraiment, et pour elle ça a parfois été un autre calvaire (dépression et CMU, c’est une autre souffrance que je n’ai pas envie de vivre…)
      Mais je pense que de plus en plus de gens vont faire comme vous, et que c’est ça qui aidera à changer les choses, parce que vos enfants le sauront, qu’une autre vie est possible !

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  6. J’ai eu ce matin une discussion au téléphone à ce sujet avec ma maman, en nous étonnant que la plupart des gens préfèrent plus de travail moins payé que moins de travail plus payé (ou au moins à sa juste valeur). La deuxième option est vue par beaucoup comme une utopie totale, peut être parce qu’elle remet complètement en cause le modèle en place depuis des décennies.
    Je dois avouer que malheureusement la situation actuelle me donne envie de me couper des tous les médias. Je ne regarde plus que très rarement les infos et évite la presse « politique ». Je dois être trop sensible, mais il m’arrive souvent de pleurer en regardant les infos alors j’ai préféré m’éloigner un peu de tout ça. J’ai l’impression de voir des gens gesticuler dans tous les sens, chacun tirant la couverture à soi mais aucun (ou presque) n’a pour moi vraiment pris le problème par le bon bout.
    Et en lisant ton article je mesure la chance que j’ai d’avoir un job intéressant, d’être libre de mes horaires et de l’organisation de mon travail au quotidien et de ne jamais dépasser les 39h par semaines et c’est d’ailleurs ce qui fait que même si je sais qu’ailleurs je pourrait facilement gagner 15 à 20% de plus je ne souhaite justement pas aller voir ailleurs !
    Comme toi je me demande bien comment tout cela va finir…

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    1. Je te comprends tellement pour les médias ! Je m’étais complètement coupée avant d’être diagnostiquée, puis j’y suis revenue plusieurs fois, et j’ai refermé les écoutilles plusieurs fois parce que c’est tellement éprouvant. A l’approche des présidentielles, ça devient difficile à tenir comme posture car je voudrais quand même voter informée, mais ce qu’on entend donne encore plus envie de tout envoyer balader… Partir à la campagne ou s’engager, je ne sais pas, mais ne plus subir comme un mouton.
      Ça me fait toujours plaisir d’entendre des gens bien dans leur travail, ça prouve que c’est possible, et ça redonne de l’espoir !

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  7. Je te comprends et te rejoins sur tous les points.
    Ce mal être au travail je connais, je l’ai vécu pleinement. Et j’ai eu beaucoup de mal à m’en remettre tellement c’était profond. Quand je vois le stress que subit mon mari en ce moment dans son entreprise, dans un sens je suis bien contente d’être au chomage pour m’occuper de ma fille, de ralentir notre rythme de vie. Je sais que je suis une privilégiée de pouvoir dire ça, mais ce stress de la vie est agressant et je ne le supporte plus.
    Je ne sais pas de quoi sera fait l’avenir, alors j’essaye de profiter au maximum de l’instant présent.

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    1. J’ai l’impression que le prix à payer collectivement pour ce malêtre au travail est énorme. Je suis certaine qu’un salarié qui part en burn out tous les ans ou pendant 5 ans fait perdre plus d’argent (à son employeur, à l’assurance maladie) qu’un salarié qu’on ne pressure pas à 120% de ses capacités. Le turn over, la formation des remplaçants, les indemnités… au boulot de mon mari, ils préfèrent ça à donner des conditions de travail correctes, je trouve ça aberrant.
      C’est un privilège de pouvoir prendre ce recul, mais ça ne devrait pas l’être, on ne devrait pas être enchainé à un travail qui nous ruine la santé. Mon mari va s’arrêter, et comme sa boite est très rigide, sa seule solution serait de démissionner, donc sans chômage… On a un peu de sous de côté donc on pourra s’en sortir le temps qu’il aille mieux, mais pour ceux qui n’ont pas cette chance, je suis atterrée par l’absence de bonne solution.
      Tu as bien raison de profiter, ce temps consacré à te reconstruire et à t’occuper de Miss E. pèsera bien plus lourd à la fin que la pause dans le CV.

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      1. Le problème d’être enchainer à un travail qui nous ruine la santé comme tu le dis, c’est qu’il faut pouvoir retrouver quelque chose ailleurs. Et là ce n’est pas facile. On hésite souvent entre est-ce que je pars ou est-ce que je reste pour assurer un salaire. C’est une question à laquelle il n’est vraiment pas facile de répondre.

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  8. On vit dans un monde de fous -furieux. Mais j’imagine qu’en tant que prof, tu dois quand-même avoir du temps libre, même s’il y a plus de travail à lala fac . En tous cas, moi c’est ce que j’apprécie dans mon boulot.
    On a le temps de vivre. .

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    1. Oh, mais je ne suis qu’une petite chargée de TD vacataire, moi !
      Mais je dois dire que les enseignants dans mon établissements sont pas mal sur les dents… le logiciel d’emploi du temps ne bloque PAS DU TOUT la surcharge, donc ils sont presque tous à 120% (ils ne sont pas obligés, tu me diras, mais ils tiennent beaucoup à leurs enseignements et à leurs étudiants, le vrai problème est du côté du temps perdu en bataille administrative, pour une salle, un créneau, un budget, un poste…) J’ai deux collègues de mon labo qui ont eu un gros problème médical à cause du stress au travail (dont une qui a eu une paralysie de la moitié du visage pendant plusieurs mois !), à cause du refus des instances d’entendre leur situation…
      Il faut s’empêcher de prendre les choses trop à cœur, mais ce n’est pas facile… Par contre, c’est sûr, l’autonomie du métier de prof est un vrai bonheur quand ça se passe bien

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  9. Triste réalité qui me fait dire depuis des années que le travail est une valeur obsolète et qu’il est temps d’arrêter de faire tourner la société autour de cet axe.
    Et malheureusement je pense que le revenu minimum universel n’est pas près de voir le jour puisque le seul candidat qui le propose rétropédale 😦

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  10. J’ai pris mon temps pour commenter parce que j’ai un avis un peu nuancé sur la question que je ne suis pas sûre d’assumer… J’espère d’ailleurs qu’après ça tu voudras toujours me parler.

    Je suis d’accord qu’il y a un grand problème dans notre système de travail et qu’il faut que ça change, mais je ne suis pas sûre que ce ne soit que de la faute des employeurs. Je pense que notre façon de considérer le travail y est un peu pour quelque chose. Je vois beaucoup de jeunes arrêter de vivre pour le travail, pas parce que le travail le demande mais parce qu’ils ont bien trop d’ambitions. Mon mari a déjà appelé son boulot en vacances parce qu’il ne recevait pas ces mails de boulot et ça l’inquiétait ! Pour avoir travaillé pour la même chef, je sais que ce n’est pas d’elle que venait la pression mais de mon mari qui voulait se sentir irremplaçable. Des cas comme ça j’en connais beaucoup, j’appelle ça « la maladie des ingénieurs ». Je ne parle même pas de ceux qui gardent un boulot oppressant pour ne pas perdre des choses aussi secondaires comme des avantages de CE. La question que je me pose c’est : si on ne met pas sa santé en premier soi même , comment pourrait-on l’attendre de son employeur ?

    Je crois en la valeur du travail et je pense qu’il nous appartient de définir ce qu’on est prêt à donner en échange ou pas. Le travail ça peut des fois être comme un compagnon manipulateur (je prends cet exemple parce que je sais que c’est arrivé à ta soeur et que j’en ai une dans le même cas aussi). Vouloir garder un travail qui nous tue c’est comme vouloir rester avec un homme qui nous détruit, on a peur de l’après et ça nous oblige à rester. Je suis de ceux qui pensent que ça prend moins de temps de décider de se préserver soit même que d’espérer que le bourreau devienne un agneau.
    Des fois je tombe moi même dans le piège des priorités comme quand je me stresse pour trouver vite du boulot parce que sinon on ne pourra plus payer la maison. Mais a-t-on seulement besoin de la dite maison ? Au départ, j’étais prête à reprendre le boulot dès le mois prochain, ce qui était de la folie si on considère tout le boulot qu’il me reste pour la thèse. Mais si je décide de me tuer au travail (en combinant nouveau boulot et rédaction) pour garder mon standing de pacotille est-ce de la faute du travail ?

    Je me rend compte que ce que je dis pue le club des avantagés de la société dont nous faisons partie mais c’est bien de ce groupe dont tu parles aussi (diplômés aux postes enviables). Je pense sincèrement qu’avant d’aller réformer tout le système de travail, il faudrait déjà mettre à jour nos propres priorités. Je pense qu’il est important que les gens réalisent qu’autant qu’ils ne sont pas indispensables pour l’entreprise et qu’elle ne se gênera pas pour les dégager si elle le juge rentable, autant l’entreprise n’est peut être pas aussi indispensable pour eux non plus. Oui il faudra peut être changé de région (ou même de pays) et/ou de domaine pour trouver un nouveau boulot, on ne pourra peut être plus avoir les mêmes conditions… Mais peut être qu’on serait plus épanouie comme éleveuse de chèvres angora que comme cadre supérieure, qui sait ! Je veux croire qu’il y a toujours une autre solution meilleure que se laisser consumer à petite (ou grande) feu.
    Je me rend compte que ce que je dis est très dur surtout par rapport aux exemples que tu cites mais je ne dis pas que le problème n’existe pas. Je dis juste qu’il est peut être plus facile d’éduquer les gens à changer la place qu’ils accordent au travail que de demander à des entreprises qui ne pensent qu’à faire de l’argent d’arrêter de profiter d’eux.

    Ce commentaire devient beaucoup trop long alors je vais le résumer à ça : « si quelque chose dans ta vie ne te plaît pas, change le. Si ça ne marche pas, change de vie ». C’est comme ça que je vois mon monde de bisounours à moi.

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    1. Déjà, je vais te rassurer, ton propos ne me choque pas, et je ne te raierai pas de mon répertoire 😉
      Pour clarifier ce que j’ai dit, je crois qu’il faut que je précise un truc : quand je parle de système, je ne parle pas uniquement des lois et des règlements, de la partie objective et institutionnelle. Je parle aussi de l’idéologie sous-jacente, des habitudes, des représentations. Et ce dont tu parles, clairement pour moi ça fait partie du système : enseigner à la petite « élite de la nation » qu’elle se doit de trouver un travail important et rémunérateur (quand j’ai renoncé à faire une prépa maths, tout le monde m’est tombé dessus, rien qu’aller en prépa littéraire c’était déjà mettre du désordre dans les rangs) ; inculquer à tout le monde que la réussite, c’est l’argent, le CDI, la baraque avec le chien et les vacances au ski ; insinuer que sans Rolex à 50 ans, on a raté sa vie…
      J’en ai déjà parlé, ma mère a eu un parcours atypique, elle a quitté un poste de médecin pour devenir prof, puis un poste de prof pour rentrer dans une congrégation religieuse, et maintenant elle touche le RSA parce qu’à 62 ans elle ne trouve pas le job à mi-temps qu’elle se sent d’assurer malgré sa dépression rampante… Qu’est-ce qu’elle n’a pas entendu ! Renoncer au revenu, au statut social ?! Qu’est-ce que ça lui a coûté aussi, parce qu’elle a mangé de la vache enragé pendant un moment, et que c’est difficile quand on a des enfants… Son exemple n’est pas le rêve, elle a rencontré des accidents de parcours, mais depuis que je suis petite elle me montre qu’on peut choisir de vivre autrement (si on s’organise un peu mieux qu’elle).
      Après, il y a quand même une chose. Ma sœur n’est pas restée avec son manipulateur parce qu’elle avait peur de partir, elle est restée parce qu’il l’a manipulée pour qu’elle ait peur de partir voire envie de rester. Je pense qu’il ne faut pas négliger l’emprise émotionnelle des situations toxiques. Mon mari a toujours eu le réflexe de partir (il s’apprête à quitter sa 3ème boite en 5 ans !), et il a un peu tendance à juger ceux qui restent comme des victimes (tu sais, avec ce ton un peu wesh wesh qui donne l’impression que c’est une insulte). Comme avec ma sœur, il n’arrive pas à voir la détresse de la personne engluée, prisonnière de l’être toxique. Pour le travail, ce ne sont pas les employeurs (enfin, il doit y en avoir quelques-uns quand même, sinon il n’y aurait pas de harcèlement) mais c’est le système : le système qui t’a appris qu’« un tiens vaut mieux que deux tu l’auras », qu’on ne quitte pas un CDI, que le marché est dans un tel état que tu ne retrouveras rien, et aussi que tu DOIS avoir une voiture, et une maison, et des cours de natation et des Petshops pour tes enfants…
      Bref, je suis d’accord avec toi, les employeurs ne sont pas forcément les grands méchants loups de l’affaire… mais j’ai tendance à penser que le discours capitaliste, consumériste et hypercompétitif qu’on nous assène par tous les biais, l’est. Et je suis aussi d’accord avec toi sur le fait qu’il existe des alternatives, que le changement nous appartient, mais il faut aider ces personnes, d’abord à se rendre compte qu’elles sont victimes (pas au sens wesh wesh) et que le choix existe, puis les aider à sauter le pas, parce qu’aller à contrecourant, ça demande un immense courage qu’on n’a pas toujours quand on ne va pas bien.

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      1. Ouf alors ! Du coup on est d’accord 😉
        Ma grande soeur est toujours dans le même cas de manipulation intense, et même elle ne sais plus pourquoi elle accepte ça… Quand je dis peur de partir c’est forcement une peur induite et pas spécialement réelle (dans le cas de ma soeur c’est elle qui travaille et lui pas, comment il arrive à la convaincre qu’elle a besoin de lui ? Une énigme…) Donc oui je comprends que quand on est dedans c’est plus difficile d’y voir clair. D’où l’intérêt de définir ce qu’on est prêt à accepter ou pas bien en amont et d’éviter de se comparer aux autres. J’ai un ami qui a tenu 6 ans au CDI super juteux qui a failli avoir ma peau alors que moi j’ai démissionné au bout de 2 ans pour devenir thésarde… On est pas égaux et c’est important de reconnaître quand on atteint non propres limites.

        Pour moi vivre pour le travail c’est un peu comme essayer de marcher sur la tête, ça fait mal et on ne va pas bien loin. Et puis comme disait Aileza dans son article d’aujourd’hui, c’est peut être en disant non à notre petite échelle qu’on va changer les choses plus haut !

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  11. Le rapport au travail, vaste question. Bon, moi c’est clair, je ne peux pas supporter les rapports hiérarchiques. J’ai tenté, oui, oui mais ça a été la cata et je suis sortie avec un image de moi complètement dégradée. Donc, j’ai accepté définitivement ( enfin il ne faut jamais dire jamais ) qu’être mon propre patron était la solution. Conclusion, je suis tranquille de ce coté là, j’assume mon petit boulot de biographe avec de longs mois parfois sans boulot et donc sans le sous ! Et je rêve du revenu universel qui m’aiderait à ne pas être complètement dans la merde…Oui j’en rêve mais comme dit Ailéza, c’est pas du tout gagné! Mais je crois comme Flora, que la manière dont on se positionne est très importante. Je dis souvent à mon grand fils qui fait ses études qu’il doit choisir correctement là ou il travail et avoir ses propres conditions sans peur d’être au chômage. Il vaut mieux en chier un peu au chômage et finir par trouver un boulot qui nous convient que faire un burn-out. Mais malgré tout, ça a changé ! Moi aussi autour de moi j’ai au moins 4 burn out ! C’est pas normal… Xavier, ingénieur : Après des années de bons et loyaux services, un jour on lui a demandé de réduire son équipe. Le jour suivant, il est arrivé dans le bureau du chef, il n’a juste rien dit et il a fondu en larme sans pouvoir s’arrêter…Aujourd’hui, il se forme pour devenir Energiologue. Il a rebondi mais la dépression à été rude ! Merci à toi pour ce sujet important.

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  12. Ton article et les commentaires qu’il a suscité sont passionnants !
    J’ai aussi eu mal au travail… Très mal… Au point de perdre certaines relations, car je tournais en boucle dans mon discours et que je n’arrivais pas à m’en rendre compte, au point de faire des crises d’angoisse le matin avant de partir, au point de faire un malaise à la fin d’un week-end en famille m’empêchant de reprendre la route pour rentrer…
    Mais (comme le souligne très bien Flora), j’avais un poste enviable, une situation… On ne quitte pas un CDI (relativement) bien payé pour l’inconnu – c’était le discours autour de moi. Donc je me suis accrochée, je suis restée dans ce poste en cherchant un autre CDI en parallèle. Sauf que se rendre en entretien en ayant une confiance en soi égale à celle d’un mollusque, ben c’est pas réellement efficace…
    Tu le sais, je suis passée outre, ne voyant pas d’issue acceptable à ma situation, j’ai décidé de changer de boulot, de changer de voie, de tout quitter pour créer mon entreprise… Je sais que nous allons devoir nous serrer (un peu) la ceinture dans les années à venir, mais changer de vie était devenue indispensable !

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