About to begin

Est-ce que la vie a un sens ? (attention, ça attaque fort pour une rédaction à 2h du matin)

Elle ressemble plutôt à un puzzle conçu en passant dans la déchiqueteuse un tableau peint par un babouin en colère. Ou au ragoût concocté par une pie voleuse et un raton-laveur qu’on aurait lâcher aux grandes halles de Rungis.

Du grand n’importe quoi, une beauté secrète mêlée à des tas d’excréments, une bouillie infâme où nageraient des pépites scintillantes.

J’avais commencé à écrire sur l’exercice de funambulisme qu’est ma vie en ce moment, entre enthousiasme intense et tristesse incontrôlable. J’avais envie de vous raconter mon formidable weekend avec notre neveu, où on a inventé la danse des cookies, fait de la neige dans la baignoire et de la luge sur un torchon mouillé. Et de vous parler de la volteface de l’humeur pour une étincelle de rien du tout, qui pourrait devenir un feu de prairie de colère politique. La blague, c’est qu’entretemps, je me suis mise dans un tel état que je n’ai fait que dormir depuis lundi.

Enfin, le jour, parce que la nuit, c’est plus difficile, trop de pensées ruminantes. Alors ce soir (ce matin ?) dans mon lit, j’ai allumé mon portable, ouvert Hellocoton et commencé à remonter le temps de mes lectures en retard. Et là, au milieu de tous les billets habituels, que j’ai peu envie d’ouvrir en ce moment, il y en avait un qui m’a mis un coup dans la poitrine – une blogueuse qui annonce une des pires nouvelles qu’on puisse entendre.

Plus question de dormir, je n’y croyais plus vraiment, mais là, c’est cuit. Beaucoup de tristesse, des mots à trouver, et un uppercut mental : si de telles épreuves arrivent, qu’est-ce que je fais à me morfondre ?

Ça n’a jamais été très productif de comparer le malheur des uns et des autres, mais c’est difficile de ne pas se dire « de quoi je me plains ? » quand on voit passer l’ombre d’un plus grand malheur.

Il n’y a pas de vrai réponse à ce flot de questions qui vient, parce que même si on n’est pas le plus malheureux de la planète, je crois qu’on est quand même légitime dans le ressenti de sa souffrance ; et ce n’est pas parce que certains arrivent à surmonter leur souffrance pour accompagner un plus grand blessé, qu’on doit exiger de chacun qu’il prenne sur lui et tienne bon pour les autres. Parfois, souvent, la vie est injuste, elle met des épreuves sur nos chemins, des épreuves qu’on aborde comme on peut, et ce n’est pas être faible que de ne pas y arriver, et j’espère que ce n’est pas insulter les plus grandes souffrances que de ressentir soi-même de moins grandes mais non négligeables souffrances (ça, c’est la méthode Coué contre la culpabilité qui ne me lâche pas depuis que, il y a 14 ans, j’ai accepté de ne pas être forte – dans mes actions, pas encore vraiment dans ma tête)

Pour moi, la seule issue pour ne pas sombrer dans le désespoir, c’est l’entraide, la générosité, la solidarité. Je ne pourrai pas protéger le monde entier du malheur même si mon cœur en rêve. Mais à coup de sourires aux oubliés du système, de soutien aux ONG, d’investissement professionnel et pédagogique, de poches de plaquettes sanguines, de vidéos politiques à la con ou de commentaires dans l’infini du net, j’espère participer à réduire d’un quart de pouillème le niveau de souffrance dans ce monde.

Il y a ça, et l’envie de vivre plus fort. Parce que dans le marais saumâtre de la vie, il y a aussi ces éclats de bonheur, il y a la lumière de l’espoir, l’envie de construire quelque chose de beau, qui donne envie de se battre contre le gluant malheur et les obstacles incandescents. Pour nous, au milieu des sinuosités de ces derniers mois, on a commencé à discerner d’autres chemins possibles, et j’ai l’impression que le brouillard est en train de se lever sur un avenir résolument tourné vers ce qui nous rend heureux. Parce qu’on n’a plus envie de s’épuiser à jouer le rôle stéréotypé que le monde actuel a essayé de nous distribuer, parce que ce temps précieux qu’on a à passer par ici, je préfère vraiment le passer à aimer et à créer qu’à occuper soigneusement la case qu’on m’a allouée (rire jaune, la dépression s’est déjà chargée de contrarier les plans, alors quitte à faire une sortie de route, autant qu’elle soit pour le meilleur !)

Je ne sais pas ce que tout ça va donner, mais je sens comme un vent d’est qui ne souffle pas que dans ma tête, alors pourquoi ne pas espérer qu’il fera danser les pièces du puzzle dans le bon sens ?

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7 réflexions sur “About to begin

  1. J’adore ta référence à Mary Poppins.
    J’aime ta métaphore du puzzle. Oui la vie est un puzzle. Il faut trouver les bonnes pièces, les mettre au bon endroit. Mais ce n’est pas facile.
    Il ne faut pas se culpabiliser de se sentir mal. Si on regarde autour de nous, il y a toujours pire que nous dans la douleur, dans le mal-être. Ce n’est pas en se le disant que l’on arrive à s’en sortir. Nous ne sommes pas fait pareil, nous ne réagissons pas de même face aux différentes épreuves de la vie. Chacun a ses épreuves et ses difficultés et chacun fait de son mieux pour s’en sortir. Mais se comparer, ça n’aide pas.
    Bon courage pour trouver les bonnes pièces de ton puzzle.

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  2. Des bribes que je garde de mes années chrétiennes il y a la nation que chacun a sa mesure de joies et de douleurs, et que Dieu (ou la vie) ne nous infligera jamais des choses au dessus de nos forces. Vu comme ça, on se dit que ça ne sert à rien de comparer, mais c’est à même temps très culpabilisant parce que ça veut dire qu’on a pas droit d’échouer puisque l’épreuve qui nous est présentée est à notre portée…

    Je crois que j’ai quand même tendance à regarder le malheur des autres en me disant qu’à coté ma vie est un rêve, mais en même temps je revendique mon droit de me plaindre pour mes problèmes de pacotille (comme me plaindre d’être fatiguée en face de mes amies jeunes mamans).

    Je ne sais pas si la vie a un sens mais je pense qu’on peut certainement lui en donner un.
    Je vois aussi la vie comme « une beauté secrète mêlée à des tas d’excréments », un peu comme un beau jardin mal entretenu et mal nettoyé où traînerait des cacas de chiens laissaient par des maîtres négligents ou malveillants. Un parfum tantôt de lilas en fleur, tantôt de merde fraîchement écrasée. La solution magique serait de respirer à plein poumons quand ça sent bon pour essayer de passer les marrées puantes en apnée, mais comme la vie est imprévisible et qu’il y a 50 nuances de puanteur c’est plus difficile de s’y retrouver…

    J’ai hâte d’en apprendre plus sur votre sortie de route et j’espère qu’elle vous sera favorable 🙂

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    1. C’est fou, car tu vois, ton histoire fait partie de celles qui me font penser que ma parcours, c’était les doigts dans le nez… Mais si tu vois ta vie comme un rêve, c’est bien la preuve qu’il y a moyen de transformer son jardin en petit coin de paradis, même si c’est un boulot de tous les instants…
      Les discours qui disent qu’on y arrivera, que ce soit la confiance en Dieu ou les proches qui se veulent rassurant, sont parfois très durs à entendre, parce que vraiment, parfois, la vie est injuste, quand elle nous enlève ce qu’on a de plus précieux, quand elle nous place devant des dilemmes insolubles, et ça fait du bien de se le dire pour ne pas s’en vouloir de craquer. Des fois, on a juste besoin de se dire que la vie est merdique avant de chercher comment sortir de la merde…
      Je vous tiendrai au courant de ces changements, même si ce sont pour l’instant des courants de fond.
      Et j’espère que tu t’en sors de ton côté, plein d’une courage de la part d’une consoeur dans le même bateau 🙂

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      1. C’est sans doute un mécanisme de protection aussi mais quand je regarde ma vie j’ai tendance à me focalise sur le présent. Oui la vie n’a pas été super tendre avec moi dans le passé, mais pour finir je ne m’en sors pas trop mal et c’est ça le plus important !

        Ce que je vois c’est que là tout de suite je vais bien, je suis en bonne santé, mon mari va bien, je suis au chômage mais contrairement à beaucoup je ne doute pas de retrouver un boulot bien vite et ça ne nous empêche même pas de bientôt pourvoir faire des travaux dans notre maison sur fond propre sans aide de personne… Alors oui je trouve que ma vie est un rêve ! Un rêve avec des sursauts en sueurs quand des souvenirs douloureux remontent à la surface, un rêve avec des attentes qui n’ont pas l’air d’être pressés à se réaliser, mais un rêve quand même 😉

        Côté rédaction ça avance un peu trop lentement à mon goût, et l’espoir de défendre avant l’été s’éloigne de plus en plus (il faut 3 mois dans mon unif entre le dépôt de la thèse et la soutenance finale). Mais je ne désespère pas d’au moins faire la défense privée avant, et vu que l’autre n’est qu’un show je pourrais la faire même après avoir commencé un nouveau boulot…
        Bon courage à toi aussi chère consoeur 🙂

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  3. Tes mots sur la capacité de chacun à surmonter les épreuves me font du bien. J’ai au fond de moi depuis un peu plus d’un an une culpabilité sourde de n’avoir pas pu soutenir mon frère comme je l’aurais voulu après le décès de ma belle-sœur. Je sais que lui ne m’en veut pas, qu’il a compris que mon corps m’avait lâché à ce moment là depuis quelques temps déjà mais lire ton article m’a fait du bien.

    Je suis assez d’accord sur la comparaison de la vie avec un puzzle et j’espère que les pièces du tien trouveront bientôt leur place naturellement. La vie est parfois injuste, elle fait mal mais elle peut aussi être porteuse de tellement d’espoir qu’il faut y croire.

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    1. Je crois qu’on a souvent tendance à manquer de bienveillance envers nous même, et à ne pas s’accorder la compréhension dont on ferait preuve si quelqu’un d’autre était dans notre situation. Donc je suis contente si mes mots bienveillants sont arrivés jusqu’à toi.

      Aimé par 1 personne

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