J’ai trouvé ma voix (sic)

Comme je vous l’ai dit, j’ai un petit ragoût de billets sérieux sur le feu, avec des ingrédients un peu casse-tête qui tourbillonnent dans la cocotte… Et une fois de plus, je ne vais pas vous en parler.

Mais aujourd’hui, ce n’est pas parce que je n’ai pas le moral, ce n’est pas pour le plaisir de me plier aux idées folles des (futures) copinautes, non cette fois-ci c’est parce que je viens d’avoir une idée qui me donne le sourire. Le voyage dans ma psyché, c’est maintenant, si vous craignez l’ennui mortel ou les métaphores bancales, passez votre chemin ; sinon, les bras à l’intérieur du tapis, et c’est parti !


Un brin de cadrage

Celles (et ceux, j’y crois j’y crois j’y crois) qui me lisent depuis un moment le savent et je les prie de m’excuser pour la répétition, mais en ce moment j’ai la joie de découvrir de nouvelles lectrices (des lecteurs aussi ? j’y crois j’y crois j’y crois !) alors je refais le petit topo de ma vie de Calimero (ne partez pas, je vous explique pourquoi le contexte est important tout de suite ! )

Je suis une fille angoissée, depuis toujours ; très perfectionniste, depuis très longtemps (je me souviens d’avoir découvert le mot quand on m’a dit pour la première fois que je l’étais, à 4 ans, je vous jure !) ; introvertie, depuis mes premiers souvenirs ; officiellement dépressive, depuis 6 ans et demi (comme ma dépression est encore une enfant, à peine le CP pour elle, je lui compte encore son âge avec les demis parce que c’est important).

Je souffre du syndrome de l’imposteur à un degré soutenu, j’ai toujours peur de déranger, je n’ose pas prendre l’initiative pour créer des relations amicales ou professionnelles, j’ai été gentiment malmenée parce que j’étais l’intello de la classe.

J’ai toujours peur de rater, je suis mortifiée par mes échecs, je pleure quand j’ai fait une bêtise au boulot (intérieurement sur le coup, avec de la vraie eau salée quand je suis chez moi), je préfère m’abstenir que de faire un score parfait.

Voilà, c’est à la fois « pas bien grave » et « mon boulet quotidien », un petit fardeau pas horrible, mais qui use les épaules à la longue. Heureusement, il y a des contreparties, je vous en parlerai un jour (c’est sur ma liste). En attendant, si je vous raconte mes petits malheurs, c’est parce que depuis un an, la vie est en train de me les enlever un à un, discrètement, tranquillement.

Mon image culculgnangnan et à côté de la plaque*

C’est comme si mon pénible paquetage était rempli de billes de toutes les couleurs… Il y a :

  • Les billes vertes de l’inquiétude – j’en ai plein, des grosses, des petites, des scintillantes même !
  • Les billes oranges de la quête de perfection – qu’elles sont belles ! mais qu’elles pèsent lourd !
  • Les billes noires de la dépression – un jour je me suis rendu compte qu’il y en avait tellement dans mon sac que je ne voyais presque plus les autres… comment c’est arrivé ?
  • Les billes transparentes de la timidité – elles veulent être invisibles, mais elles font loupe sur mes défauts et m’empêche d’oser m’en débarrasser.
  • Les billes rouges de la honte – offertes après chaque échec, chaque réprimande, merci du cadeau !

Un gros sac, bien lourd. Vous vous souvenez comme c’était lourd, les billes ? Tout ça qui tirait sur l’épaule, de plus en plus lourd.

Mais il y a un trou dans le sac. L’espoir a décousu un coin du fardeau, et les billes de malheur dégringolent doucement. Le temps passe et je découvre la légèreté. Bien sûr, de temps en temps, la vie continue de m’offrir quelques billes de honte, je regagne quelques agates de dépression… mais globalement, je n’ai jamais été aussi légère. Je cours plus vite, je m’essouffle moins, je peux même danser et pirouetter ma vie de temps à autres.

* A côté de la plaque parce que normalement, les billes, c’est cool ! (enfin, moi j’adorais les billes, les collectionner, les regarder, les faire rouler dans mes mains) Mais c’est la première image de petit poids discret qui m’est venue… Zarbi.

Vertige

Cette nouvelle légèreté, je l’expérimente intensément ces derniers temps. Comme une accélération – pour filer la métaphore bancale, c’est souvent comme ça, quand la couture est usée, elle se déchire un peu, mais le trou s’agrandit de plus en plus vite, et les billes tombent de plus en plus nombreuses !

C’est grisant et terrifiant. J’ai l’impression de découvrir la personne que j’ai toujours devinée derrière des couches et des couches d’inhibition. Une fille créative, enjouée, engagée. Une fille sociable, marrante parfois, encore plus bavarde qu’avant. Une fille qui a moins peur d’être différente, fière de sa folie douce (pour ça, merci les amis, merci mon amour, merci tous de m’aimer pour mon côté brindezingue). Une fille qui prend des initiatives, et qui ose même parfois avoir du leadership s’il le faut.

Et tout ça d’un coup, ça secoue sévèrement, quand on sort d’années de tête baissée et de renoncements. Je crée dans tous les sens, dessin, couture, vidéo, écriture… et j’en oublie de travailler. Je débloque des situations verrouillées depuis des lustres par l’angoisse (« mais est-ce que vraiment, on va faire un trou dans le mur pour fixer cette bibliothèque ? et si on voulait la bouger ? et quand ce sera la chambre du bébé ? alors si on n’est pas sûr, ça ne sert à rien de déballer les cartons de livres… » bientôt 2 ans qu’on est proprios, et toujours pas de bébé en vue – no comment). Je rencontre des gens, je garde le contact. Je prends la parole au boulot, je dis oui, non, merde quand on m’en donne trop, j’assume de me planter parfois, j’assume d’être limitée, je tente, je rate ou je réussis, mais j’essaie.

J’ai trouvé ma voix (avec un x, oui !)

Ce jeu de mot à deux balles vous est offert par une version de moi en pleine phase d’enthousiasme maniaque, je vous l’explique de ce pas.

Ma blessure pas-si-cachée, qui a sapé les bases de la confiance avant même que je puisse la construire, je pourrais en parler ainsi : pour ne pas déranger les grands qui avaient leurs problèmes de grands, j’ai compris qu’il fallait faire le moins de vagues possibles. Discrète et performante, voilà ce que j’ai appris à être. Selon moi, ça explique pourquoi j’ai peur de déranger et de mal faire – il ne faut pas que les grands aient à s’en mêler, donc se débrouiller toute seule, ne pas demander d’aide, ne pas les décevoir, ne pas les interrompre…

Et ça s’est traduit symboliquement par « ne parle pas trop fort » et « ne prends pas trop de place« . Aujourd’hui, avec mon sac léger, je n’ai plus envie de me laisser faire. Aujourd’hui, ces injonctions sont devenues des déclencheurs de colère pour moi : « Non, je parle fort si je veux, je prends de la place si je veux, arrêtez de m’entraver ! ». Aujourd’hui, j’ai envie de m’épanouir, au sens le plus littéral et littéraire du terme : me déployer, occuper ma place dans la vie dans toute sa plénitude, pas le petit coin où j’ai dû me carrer si longtemps.

Tout ce baratin pour finalement en arriver à cette idée qui a fait « tilt » ce matin : j’ai trouvé ma voix. Pas mon chemin (avec un e), non – j’ai trouvé ma parole, ma ligne mélodique dans le bruit du monde.

Comme un aphone qui retrouve sa voix après sa laryngite, sauf que j’ai l’impression de ne l’avoir jamais connue avant. Je la découvre encore, je la teste, je fais des vocalises, je tente parfois un petit air quand je me sens en sécurité. En réunion quand je donne mon avis. Sur ce blog quand je vous raconte ma vie. Dans la vie de la cité quand je m’engage.

Je n’ai pas d’idées de grandeur, j’ai toujours eu tellement peur d’être orgueilleuse que je ne sais plus quoi faire avec un compliment… mais ici et là, j’ai reçu des mots qui m’ont touchée, qui m’ont donné l’impression que cette voix n’était pas un vilain croassement, que ça valait la peine que je continue à l’apprivoiser pour que mon petit 1/4 de décibel apporte un chouïa de bon dans le grand vacarme du monde.

Pardon et Merci

Pour conclure, parce que je ne saurai jamais faire court, deux petites choses :

1/ Pardon pour l’égo-trip : un vrai billet « moi moi moi », ça me fait bizarre. En plus il y a un petit côté « dites moi que je suis géniale, hein, vous avez vu, je suis pas comme tout le monde, je vous fais croire que je suis un peu moisie mais en fait au fond je suis géniale, faites moi des compliments, hein, et surtout, si vous vous sentez nuls, vous avez bien raison, vous ne serez jamais aussi bien que ce que je vous raconte négligemment« …

Je plaisante à moitié seulement en disant ça, parce que je sais que la pêche aux compliments existe et m’agace sérieusement quand elle prend la forme : « ah la la je suis trop nulle, franchement, trop une nerd, j’ai pas d’amis » posté sur FB avec 46 likes en 5 minutes. Et aussi parce que dans des phases difficiles, ça m’a souvent blessée de lire les gens qui se plaignent tout en glissant au détour d’une phrase « avec mes supers études » ou « avec mon boulot à responsabilités », et que je sais bien ma vie n’est quand même pas si tragique.

Du coup, pardon aux gens qui pourraient avoir l’impression d’avoir parcouru un égo-trip, c’est à la fois ça et tout le contraire. Mon but, c’est de vous parler de ma joie de cette découverte (et ne vous inquiétez pas, dès demain le moral sera retombé dans les chaussettes, voire chez le voisin du dessous), mais aussi de dire à celles et ceux qui sont partis avec les mêmes cartes que moi qu’il y a moyen que faire quelque chose de ce jeu, et qu’on n’est pas condamné à se coucher à chaque fois. Il y a de l’espoir, même si le chemin est difficile, que les obstacles les plus durs à franchir ne viennent pas forcément de l’extérieur, que tout ne se fera pas en un jour…

Angoissé, introverti, timide, implacable avec soi-même, ça ne résume pas tout ce qu’on est. On peut aussi être intelligent, créatif, drôle, perspicace, sage, sociable, empathique… le monde a aussi besoin de ces voix-là pour sonner plus juste, alors gardez espoir, prenez confiance, et venez chanter avec les autres.

2/ Merci. Tout simplement merci à celles qui me lisent, qui me suivent, m’écrivent des mots adorables, qui me soutiennent et m’encouragent. Si je laisse chaque jour un peu plus ma voix résonner, c’est aussi grâce à vous (et à votre patience, parce qu’elle n’est peut-être pas très forte, cette voix, mais qu’est-ce qu’elle cause !)

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18 réflexions sur “J’ai trouvé ma voix (sic)

  1. Ben écoute, c’est peut-être un égo-trip mais je le trouve très bien tourné cet article et j’aime beaucoup la métaphore des billes, j’ai est pas mal de commune avec toi … et même si ce n’est pas par la même voix que toi, j’ai réussi aussi à me libérer de pas mal de chose avec la maternité.

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    1. Merci !
      J’ai l’impression qu’on est nombreuses à trainer les mêmes paquetages… et en effet, j’espère aussi que devenir maman m’aidera à changer de perspective (hé, la cigogne, c’est quand tu veux !)

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  2. J’aime beaucoup la métaphore du sac de billes. Et ça me fait plaisir (si si, même si en vrai on ne se connait pas, ça me fait plaisir) de savoir qu’il se vide doucement 🙂 Je n’ai jamais connu la dépression (et j’espère bien que ce n’est pas pour demain) mais je déteste savoir les gens en souffrance, alors je suis bien contente de te voir publier un article si optimiste. Et puis si, même sur ton blog, tu n’oses pas parler de toi, toi, toi où pourra tu le faire hein ? 😉

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    1. Le bonheur simple de se réjouir du bonheur des autres, suivi par le bonheur de savoir que les autres se réjouissent pour nous 🙂
      Si le monde pouvait être aussi amical que ce petit coin de blogosphère, je renoncerais peut-être à déménager sur Mars à la première occasion !

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  3. J’aime beaucoup ta métaphore avec les billes aussi.
    Et ça me fait vraiment très plaisir de lire cette article.
    J’ai vraiment l’impression que tu te révèle de jour en jour. En tout cas, l’évolution est bien palpable dans ton écrit depuis le début de ton blog. Tu t’affirmes de plus en plus.
    C’est comme à chaque fois, c’est un vrai plaisir de te lire 🙂

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  4. J’aime beaucoup ton article. Il est très bien écrit, j’adore ta plume, mais ça tu le sais déjà. Il respire l’optimisme et le chemin que tu as parcouru pour arriver où tu en es aujourd’hui.
    Ta métaphore avec le sac de billes est très jolie et très parlante. Je crois que nous avons des billes qui se ressemblent. C’est vraiment chouette de savoir que tu vas de mieux en mieux et que ton sac se vide petit à petit. Moi c’est la naissance de ma fille qui m’a fait prendre conscience de beaucoup de choses.

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  5. Tu sais, un blog est forcément égocentrique, alors tu n’as absolument pas à rougir ni t’excuser de ce que tu dis dedans. Si on te suit, c’est qu’on aime le contenu de tes propos! Très contente que ton sac de billes se déleste des billes noires ❤

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    1. Hihi, mais tu sais, moi j’ai toujours l’incroyable espoir d’édifier les masses avec ma prose lumineuse et inspirante (ben oui, un périmètre crânien qui ne rentre pas dans les chapeaux normaux, ça se sent un peu) 😉

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  6. Je me reconnais pas mal dans ta description… surtout celle du début, en fait 🙂 Là ça fait un petit moment que j’ai un peu quitté le monde réel (oui, c’est très bizarre tourné comme ça, mais le fait est que je passe 10X plus de temps devant mon ordi qu’à parler devant des personnes physiques), donc je ne sais pas vraiment ce que donne ma voix… Je suppose que je le découvrirai bientôt 🙂 En tout cas c’est sûr que j’ai l’impression d’avoir pris de l’assurance, de m’être affirmée (parfois trop), d’être moins timide et moins craintive…

    Peut-être que c’est aussi un peu devenir adulte, de faire ce travail-là, de se débarrasser des carcans de l’enfance où on nous demandait d’être bon élève, discret et obéissant (ce qui peut vite tourner au perfectionnisme excessif, à la timidité maladive et à la confiance en soi réglée sur 0) pour finalement trouver qui on est vraiment, ce qu’on vaut vraiment, et en quoi on est digne d’amour et d’intérêt.

    Et c’est aussi un beau challenge éducatif je crois d’essayer que pour nos enfants, cet épanouissement du soi et de ses possibilités soit naturel, évident, et ne nécessite pas quinze ans de travail sur soi entre l’adolescence et leurs 30 ans.

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    1. Chat-mille présidente ! Chat-mille présidente ! (Pardon)
      Je suis bien d’accord avec toi pour le challenge éducatif, même si je me demande si c’est vraiment possible ou si malheureusement, c’est un peu un passage obligé de l’adolescence qui dépends aussi du caractère de chacun? Est-ce que aussi les gens qui semblent si à l’aise et charismatique le sont réellement ou cachent-ils leurs failles derrière leur air assuré ?
      Bref, je me demande si la bienveillance suffira 😥

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      1. Je ne pense pas qu’il y ait de recette miracle mais je pense que c’est possible… personnellement je ne crois pas avoir connu cette phase de « dénigrement, manque de confiance en soi, introversion ». C’est peut être ma « nature » mais je pense que le fait d’avoir des parents qui m’ont toujours beaucoup valorisée, rendue autonome et fait confiance m’a énormément aidée.

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    2. Des amis qui se sont convertis d’un coup à l’éducation bienveillante m’ont parlé des méthodes pour avancer la dessus : laisser l’enfant essayer et rater, le laisser prendre sa place d’enfant, et ne pas lui faire de compliments « essentiels » (sur leur essence : être intelligent, doué…) : préférer « tu as réussi » à « bravo, que tu es malin! » J’ai vraiment envie de lire plus sur ce dernier point, parce que c’est contrintuitif, mais franchement, si je peux éviter à mes enfants ce douloureux parcours, je signe direct !

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  7. Oh la la mais non seulement tu as trouvé ta voix mais aussi ton style, cet article est un de mes préférés depuis le début de ton blog ! Il en ressort un enthousiasme et un dynamisme communicatif, j’adore ! Tu peux définitivement me compter parmi tes lectrices fidèles (au cas où tu ne savais pas encore 😉 ).

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  8. Je ne sais pas si c’est l’aspect multicolore des billes mais en lisant ta métaphore j’avais l’image d’un magnifique papillon en plain éclosion. Ce changement fait en tout cas plaisir à voir, continue à nous faire entendre ta magnifique voix 🙂
    Et pour l’égo-trip personne ici ne peut te jeter la première pierre 😉

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    1. Merci beaucoup 🙂
      Pour le papillon, j’aurais préféré une bonne mue bien nette, parce que j’ai l’impression que c’est la dixième fois de ma vie que j’ai l’impression de renaître, mais d’un autre côté, ça ne veut pas forcément dire qu’on retourne à l’état de chenille à chaque fois, peut-être juste qu’on grandit de plus en plus et qu’il faut laisser de la place à cette nouvelle ampleur !

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