Quelques idées qui m’aident à réagir – petit (im)précis de psychologie

Ma petite tête étant un peu en désordre en ce moment (vivement les vacances !), je vais faire un petit (enfin, on verra… 😉 ) billet pour vous présenter quelques concepts que j’ai croisés au gré de mes pérégrinations virtuelles, et que je trouve intéressants pour essayer de comprendre les réactions des gens et d’améliorer les miennes. Plus le temps passe et plus je mesure combien ça m’aide de comprendre ce qui se passe dans ma tête (et faire des hypothèses sur ce qui se passe dans celle des autres) et de repérer les petits raccourcis ou les pentes glissantes qu’emprunte parfois le cerveau sans qu’on lui ait demandé.

Même si en ce moment j’ai tendance à démarrer au quart de tour, je m’efforce au quotidien d’être une personne tolérante, compréhensive et respectueuse. Ça signifie pour moi d’essayer d’accepter l’altérité quand elle ne fait de mal à personne, de prôner l’égalité et de l’appliquer dans mes relations quotidiennes, de tenter de me mettre à la place des gens plutôt que de les juger et d’essayer de les aider si je le peux et qu’ils le souhaitent (on a bien dit « essayer », hein !

Pour m’aider face à ce modeste programme, voilà en vrac quelques petites notions qui ont changé ma manière de penser, de réagir et de comprendre les gens (en gros, de la vulgarisation psychologique sans prétention, mon but est surtout de vous pointer quelques pistes qui m’ont intéressée)

La tyrannie des victimes

Une formulation que j’ai découverte récemment, qui apparemment dispose d’une signification très spécifique dans certaines lectures de l’histoire de l’Eglise, mais que j’emploie ici* dans le sens donné par le site sur lequel je l’ai découverte (sur les mutilations sexuelles) : il s’agit de la propension qu’on peut avoir à reproduire son expérience douloureuse lorsqu’on a été victime d’un mauvais traitement de la part de quelqu’un qu’on aime et qui nous aime (ou est censé nous aimer). En gros, prôner les châtiments corporels lorsqu’on en a reçu, défendre la circoncision si on l’a vécue, voire participer soi-même à l’excision de sa fille.

Aparté : Je sais que ce sont des terrains qui peuvent être polémiques, je suis quant à moi très fermement opposée à toute forme de violence instituée, et, si je vois bien la différence de conséquences entre la fessée et l’infibulation, je me permets de rapprocher ces phénomènes, malgré leur gravité différente, au titre de ce qu’ils sont selon moi : un mauvais traitement infligé par les parents à leurs enfants « pour leur bien ».

L’intérêt que je vois au concept de tyrannie des victimes est l’explication psychologique sous-jacente : en fait, on reproduirait sur les proches la violence qu’on a reçue parce qu’on ne veut absolument pas la considérer comme anormale, dans une forme de déni pour se protéger d’une vérité trop difficile à accepter – « ceux qui m’aiment m’ont fait du mal« .

La découverte de cette idée m’a permis deux choses :

  • regarder avec plus de compassion les gens qui ont des comportements violents : j’avais déjà en tête l’idée que lorsqu’on a un modèle maltraitant, on risque de le reproduire faute de « bon exemple », mais j’ai pris conscience de la lutte intérieure que peut représenter la révélation du caractère anormal et maltraitant de sa propre expérience. Ça ne signifie pas que j’accepte mieux des pratiques que je trouve problématiques (fessées) ou odieuses (mutilations), mais ça change la perspective avec laquelle j’envisagerai de parler avec quelqu’un qui n’aurait pas la même position que moi.
  • à l’échelle bien moindre des petites blessures psychiques qui fragilisent, comprendre pourquoi j’avais des réactions épidermiques sur certains sujets tous bêtes : par exemple, j’en voulais à mes neveux d’avoir 1001 activités extra-scolaires, à ma fratrie et belle-fratrie d’être si accompagnants sur leurs parcours scolaires, en reprenant (dans ma tête) le discours « attention, ce ne sont pas des bêtes à concours, ils sont trop sollicités, ils n’ont pas besoin de ça » et en me disant que je ferais autrement, alors que je sais au fond de moi que j’ai envie d’accompagner mes enfants et de leur offrir plein d’occasions de découvrir et de s’épanouir ; et en fait, je me suis rendu compte que ça venait de ma difficulté à accepter mon regret de ne pas avoir eu cette chance – faute de disponibilité pour mes parents, j’avais même fait une fierté d’avoir réussi à l’école malgré un suivi inexistant, mais je me rend compte qu’il s’agissait en fait d’une protection contre cette micro-blessure.
* Si quelqu’un connait une autre appellation moins connotée historiquement, je suis preneuse !

Les personnes toxiques

Rien de nouveau sur le fond ici, je pense que beaucoup de gens en ont entendu parler, donc je me contenterai de recommander une petite recherche sur « personne toxique », « pervers narcissique », « reconnaitre un manipulateur » (SNT a plusieurs articles sur le sujet). J’encourage par contre vraiment les gens qui ne connaissent pas bien à jeter un œil, car apprendre à identifier au plus vite les relations toxiques permet de s’en prémunir, aide à s’en sortir et à s’en remettre.

Ma sœur a été pendant plusieurs années en couple avec un manipulateur narcissique, ce qui lui a valu plusieurs années de malêtre pendant et un énorme travail de reconstruction à mener après. Le fait d’identifier les ficelles, de reconnaitre les signes, de comprendre les mécanismes et de savoir qu’elle n’est pas seule à traverser les étapes de sortie de l’emprise représente un vrai point d’appui pour cheminer. Et de mon côté, ça m’aide à repérer les mauvais plans et à conseiller les proches qui seraient confrontés à ce genre de personnages.

Le syndrome de l’imposteur

J’ai écrit un glorieux article sur le sujet récemment dans SNT, donc je ne vais pas m’étendre, mais personnellement mettre un nom sur le problème m’a beaucoup aidée à bloquer les pensées de dépréciation qui me viennent sans être invitées, et ça me permet aussi de trouver une porte d’entrée pour conseiller/rassurer les proches qui en sont victimes.

Les biais cognitifs

Quand j’ai commencé à m’intéresser aux biais cognitifs, c’est tout un monde qui s’est ouvert pour moi. En plongeant le nez dedans, on y découvre combien l’humain est vulnérable aux influences, que des stratégies cognitives qui ont permis à notre espèce de de survivre et de développer son intelligence peuvent aujourd’hui nous tendre des pièges, et qu’il n’est pas si naturel d’avoir des comportements rationnels et justes.

Il y a d’excellentes explications de ces biais en ligne, et je n’arriverais qu’à être moins claire en les paraphrasant, donc je me permets à nouveau de vous renvoyer vers le grand internet, avec par exemple ces playlists-vidéos : Crétin de cerveau chez Sciences Étonnantes, La Tronche en biais et XP Horizon sur Hacking Social. [Comme nos biais cognitifs sont du pain béni pour la manipulation, j’en profite pour glisser aussi un lien vers les arguments fallacieux présentés par Hygiène mentale]. OK, ce sont des vidéos, c’est long, il y a plein d’autres sources, mais j’en profite pour faire un peu de pub à ces excellentes chaines qui aiguisent notre esprit critique – si vous avez le temps, courez-y , on ne regarde plus le monde de la même façon ensuite !

Personnellement, depuis que j’ai entendu parler des coûts irrécupérables, je n’envisage plus du tout les choses de la même façon, que ce soit pour organiser mon week-end, gérer un projet professionnel ou prendre position sur une politique publique. Depuis que j’ai entendu parler de l’effet de halo, j’essaie de faire plus attention à ma perception des gens, d’autant que je suis amenée à noter des étudiants.

Malgré une grande vigilance à mener un un état des savoirs exhaustif plutôt qu’orienté dans ma pratique professionnelle, c’est seulement en découvrant le biais de confirmation que je me suis décidée à élargir mes sources d’information personnelles pour éviter d’entretenir ce travers. Je viens en plus, en lisant sur le sujet pour écrire ce paragraphe, de découvrir l’effet retour de flammes, qui serait donc un biais scientifiquement observé à même d’expliquer le déni de preuve que je dénonçais dans un précédent billet.

Je pourrais continuer longtemps sur le sujet, sans grand intérêt pour vous, mais vraiment, je vous encourage à cliquer ou à faire vos recherches sur le sujet car c’est à la fois passionnant et très éclairant.

Voilà, comme prévu, c’est un inventaire à la Prévert, mais j’espère que vous y aurez trouvé quelques petites paillettes d’intérêt en attendant un article un peu plus consistant.

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16 réflexions sur “Quelques idées qui m’aident à réagir – petit (im)précis de psychologie

  1. Comme d’habitude c’est un article très intéressant, bien écrit et bien construit. Tout est tellement brouillon dans ma tête, je t’envie cette clarté d’esprit.
    J’aime beaucoup ta réflexion sur les violences subies et reproduites sur les nouvelles générations. J’ai développé de la compassion et de l’empathie sans pour autant excuser tout ce genre d’actions (l’excision fait tellement de dégat tant sur le plan physique que psychologique). Mais de part mon métier et par l’action de mes parents (ils étaient famille d’accueil donc on en a vu défiler chez nous des enfants perturbés et maltraités), je ne juge pas, mais j’essaye de comprendre sans pardonner pour autant.
    Hé hé moi aussi je fais parti du Club, c’est trop cool !!!

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    1. Je ne crois pas avoir su (ou j’ai oublié – désolée) quel est ton métier, je ne sais pas si c’est indiscret de te le demander…
      Ça doit être une expérience particulièrement fondatrice de grandir avec des enfants « placés », qui te sensibilise très tôt à l’empathie.
      Pour le club, si ça devient « a thing », je crois que je vais fabriquer des badges 😉

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      1. Non je n’ai jamais dit ce que je faisais. Ce n’est pas indiscret du tout, je suis sage-femme. Je n’aime pas trop en parler, mais ce métier fait ce que je suis et ce que je ressens. C’est donc très contradictoire, je n’aime pas dire ce que je fais, mais j’en parle tout le temps quand même.

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  2. Je trouve la partie sur les biais cognitifs particulièrement intéressante ! Merci pour toutes ces nouvelles notions que je découvre (ou plutôt pour lesquelles j’ai désormais la dénomination exacte ! ). Tu m’aides grandement à aiguiser mon esprit critique avec ces outils.
    On pourrait même ajouter le syndrome de Stockholm à la liste de ces notions 😉

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    1. J’avais entendu parler du syndrome de Stockholm pour la séquestration, mais en allant regarder du coup je découvre que c’est une variante de l’identification à l’agresseur, qu’on retrouve en particulier chez les enfants battus, d’après la psychanalyse. Merci pour l’éclairage supplémentaire 🙂

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  3. Article très intéressant et brillamment écrit encore une fois. Je te suis depuis peu, du coup, je m’interroge : tu as listé tous ces faits psychologiques car tu as été victime de maltraitances ou c’est dans le cadre de recherches ?
    Tu m’as éclairé sur la fessée. J’ai trouvé ça Hyper intéressant le fait qu’on reproduise ce geste parce qu’on ne veut pas le considérer comme anormal.

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    1. Encore une fois merci alors 🙂
      Je n’ai pas été victime de maltraitance, mais j’ai un très proche qui a été enfant battu. Mais finalement, c’est surtout par hasard (par sérendipité, même) que j’ai croisé ces éléments, et ils m’ont interpellée parce qu’ils font pour moi écho à la vie (la mienne et celle de ceux que je côtoie).
      « J’ai reçu des fessées, je n’en suis pas mort, et au moins je suis bien élevé » : quand on voit parfois combien les gens s’agrippent à l’importance de la fermeté violente dans l’éducation, refusant mordicus de voir les exemples d’éducation bienveillante réussie (qui prouvent qu’on peut être poli ET épanoui SANS tapes et fessées), je me dis qu’il doit y avoir un peu cette composante-là

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  4. Merci pour ces pistes de réflexions. Je trouvais les biais cognitifs assez passionnant et je me renseigne pas mal dessus pour entre autre reconnaître les manipulations.
    J’ai quand même quelques réserves quant au biais de confirmation parce que même si j’en reconnais l’existence, je suis sceptique quand les médias veulent en faire la raison principale de l’élection de Trump par exemple.
    Merci pour les liens, je vais essayer d’aller regarder tout ça.

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    1. C’est fou toutes les petites et grandes manipulations qui peuvent passer si on n’a pas conscience qu’elles existent !
      Pour Trump, je ne pense pas que le biais de confirmation soit la raison principale, en revanche j’ai l’impression qu’il y a une légitimation de l’effet retour de flammes par des personnes qui ont une certaine audience et qu’on est de moins en moins encouragés à faire preuve d’esprit critique par une partie de ceux qui ont voix au chapitre…

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  5. Oh la la, encore un article passionnant qui ouvre la voie à tout un tas de lectures. Tu m’as fait découvrir de nombreuses notions que je ne connaissais pas, ou dont je ne connaissais pas les dénominations même si je les percevais de manière intuitive.
    En toute sincérité, je t’admire énormément de prendre le temps de lire et de te renseigner sur tous ces sujets qui me semblent certes importants, voire même indispensables si l’on souhaite réellement comprendre et prendre la mesure des débats de la société dans laquelle on vit, mais qui sont tellement complexes qu’ils nécessitent un temps fou ! Mais où trouves-tu le temps de te pencher là-dessus ? Et je suis également admirative de ton esprit d’analyse.
    Bref, moi aussi je suis honorée de faire partie de ce club restreint ! 😉
    Pour en revenir à ton sujet, les trois premières grandes thématiques que tu abordes me sont connues depuis quelques temps : je t’ai déjà répondu sur le syndrome de l’imposteur sur SNT, j’essaie de me protéger peu à peu des personnes toxiques de mon entourage (et la présence de mon pilier de mari inébranlable à mes côtés est d’une grande aide) même s’il est toujours difficile lorsque ces personnes font partie de ta famille, ce qui m’amène à ton premier point. Je pense que j’ai d’autant plus de mal que j’essaie de pardonner, d’expliquer voire de trouver normal certains comportements pourtant inadmissibles de mon entourage familial. J’ai beaucoup moins de mal lorsqu’il s’agit de personnes du travail, même si je dois encore travailler là-dessus.
    Et en ce qui concerne les biais cognitifs (qui ont donc effectivement beaucoup de succès !), tu mets des mots sur des notions que je ressentais intuitivement sans pouvoir ni les nommer, ni les identifier clairement. Dans un monde idéal où je trouverais le temps pour m’y plonger, je foncerais lire les liens que tu nous as gentiment répertoriés, mais voilà, il faut aussi que je travaille (hum hum) et tout le reste….!
    Bref, merci pour ce nouvel article (quoi, il est déjà vieux et je commente avec des semaines de retard : je fais ce que je peux ! 😉 ) passionnant et très instructif ! 🙂

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    1. Ça me fait plaisir que tu viennes mettre du nouveau dans mes archives (eh oui, c’était « le mois dernier », techniquement 😉 )
      Pour les personnes toxiques, personnellement j’ai la chance de ne pas en côtoyer (ça a du m’arriver étant gamine quand je me faisais manipuler par mes « amies », mais c’est du passé !), j’ai du mal à imaginer ce que ça représente de vivre cela en famille, ça doit être très difficile à vivre et très dur d’accepter de mettre un nom sur le problème et de prendre des mesures quand on est coincé avec la personne par les liens familiaux… Bon courage avec ça, et surtout, protège toi, les personnes toxiques ont sans aucun doute des histoires qui expliquent ce qu’elles sont, mais ça ne veut pas dire qu’on doit tout accepter !

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