Un problème de transmission (non, je ne vous parlerai pas de voiture, promis)

J’ai beaucoup réfléchi à ce que je voulais écrire, ce qui m’a fait bien tarder avant de publier un nouveau billet, et finalement plusieurs sujets se sont mélangés pour aborder la question de la transmission. Je n’ai jamais vraiment lu sur la question, il s’agit surtout de mes réflexions et de mes craintes, alors si vous avez des pistes je suis tout ouïe.

Héritage immatériel

Parmi les choses que mes parents m’ont transmises, il y en a dont je suis ravie : une tête pleine de cheveux facile à dompter, une silhouette qui me convient (à peu près), un squelette en béton armé (31 ans, zéro fracture, zéro entorse), un sens aigu du respect et de la justice, le réflexe d’aller chercher dans le dictionnaire à chaque nouveau mot, la comptine mnémotechnique pour l’ordre des planètes…

Et d’autres dont je me serais bien passé : des dents fragiles, un terrain propice aux allergies respiratoires, un manque de confiance carabiné, l’habitude d’attendre que ça aille trop mal avant d’aller chez le médecin…

Captivant portrait, me direz-vous (Merci, vous dirai-je) Mais le but est bien plus honorable et plus vaste, puisqu’il s’agit en fait d’introduire astucieusement la grande variété de la transmission immatérielle à un enfant :

  • un patrimoine génétique, avec ses atouts et ses défauts, qui s’exprimeront plus ou moins fort selon l’environnement proposé (vive l’épigénétique !). Ça veut dire une belle gueule et une santé de fer comme une sale tronche et une santé en carton-pâte…
  • des savoirs et des savoir-faire : des lacets au théorème de Pythagore, en passant par l’ouverture d’un compte à la banque et l’étymologie du mot « étymologie ». Des choses vraies, des choses plus approximatives, des grands morceaux de connaissances et des vrais bouts de lacunes dedans…
  • des savoir-être (politesse, aisance en public, persévérance…) mais aussi des savoir-mal-être (fatalisme, goujaterie, snobisme…)
  • des goûts et des habitudes : bon goût et bonnes habitudes (se lever tôt, faire des mots-croisés ou aller au musée), mais peut-être aussi mauvais goût et mauvaises habitudes (resaler systématiquement ses plats, rire à l’humour gras et parler la bouche pleine)
  • des valeurs : respect d’autrui, sens de la justice et tolérance mais aussi supériorité d’une race sur une autre ou raison du plus fort.

 J’en oublie sûrement, mais ce qui compte pour moi dans ce petite panorama, c’est qu’on y devine plusieurs axes de polarité. Ainsi, il me semble qu’on peut transmettre :

  • du bon et du mauvais : bien entendu, comme on n’a pas tous le même référentiel, on a facilement l’impression que telle famille a donné de « mauvaises » valeurs ou de « mauvaises » habitudes à ses enfants, mais je pense que même pour soi, on peut trouver qu’on (nous) a transmis des trucs pas terribles : des maladies héréditaires ou des habitudes qu’on accepte pour soi mais qu’on ne souhaite pas à ses enfants comme la consommation d’alcool ou de tabac ;
  • de façon explicite et de façon implicite : il y a ce qu’on dit, et l’exemple qu’on donne. Parce que le « fais ce que je dis mais pas ce que je fais », c’est bien beau mais ça ne marche pas à tous les coups. Donc les enfants s’imprègnent aussi des manières de faire et d’être de leur parents, pour le meilleur (par exemple l’amabilité) ou pour le pire (l’impolitesse avec la boulangère – bien sûr ce n’est pas le pire, mais c’est un petit rien qui dit beaucoup) ;
  • volontairement ou involontairement : en toute logique, selon ce qu’on transmet, on ne contrôle pas tout ce qui passe, du gène de l’allergie au tic de langage en passant par l’habitude de laver ses crudités avant de les manger.

Et là, c’est le drame

Bref bref bref… bien sûr, toute cette introduction n’a pas uniquement vocation à vous montrer ma capacité à inventer des exemples aussi pertinents que saugrenus, mais bien aussi à cadrer ce qui me fait peur, à savoir : « les trucs pourris qu’on risque de transmettre involontairement à nos enfants »

Et avec mon mari, je peux vous assurer qu’on flippe un peu… justement parce qu’on est de grands angoissés, et qu’on a peur que ça retombe sur notre précieuse progéniture.

Comme beaucoup de couple en début de désir d’enfant, on espère encore fabriquer nous-même nos bébés avec nos propres petites cellules, et les élever nous-même avec nos propres petites névroses personnalités. Du coup, qu’ils soient innés (transmis génétiquement) ou acquis (transmis par l’éducation), pour l’instant le résultat serait le même pour nos problèmes : transmis !

Depuis qu’on est en couple, avec mon mari, on plaisante sur le fait qu’on ne risque pas de fabriquer des blondinets avec le nez en trompette vu qu’on est tous les deux bien bruns avec de sacrés sourcils et un (élégant ? racé ? volontaire ?*) nez aquilin. Et ça, je le vis plutôt bien, ce n’est pas forcément la loterie la plus favorable face aux méchants petits camarades, mais je trouve que c’est un bel héritage de nos origines.

*Bon, après des années de moqueries sur mon « gros nez », j’ai le droit de rêver, non ?

En revanche, on a quelques casseroles que j’aimerais bien retirer de la succession – quelques tracas somatiques, mais surtout une fragilité psychologique certaine. Jusqu’à présent, je savais qu’on était tous les deux très facilement stressés, trop consciencieux pour ne pas s’épuiser au boulot, et avec une famille proche sujette à la dépression. Je savais aussi (depuis le temps !) que j’étais moi-même en dépression, avec un terrain d’angoisse et de dépressivité depuis toujours et une réalisation du potentiel de nuisance de mon mental plutôt admirable depuis quelques années. Mais ça ne s’arrête pas là, car nous avons eu le bonheur d’apprendre cette semaine que mon mari, « fatigué » et « déprimé » est en fait en burn-out, ce qui lui vaut lui aussi un joli petit traitement.

La prégnance de ces problèmes dans nos deux familles, l’intensité et la résistance de ma maladie et le chemin pris par mon mari me donne vraiment à craindre que nos enfants soient eux aussi très fragiles. Même si ce n’est pas génétique (et c’est presque sûr qu’il y a au moins une composante génétique), on aura beau faire tout notre possible, je pense qu’il sera difficile de paraître rayonner de bonheur à chaque minute passée avec nos enfants, du coup le risque de transmission implicite involontaire est grand (ne parlons pas de la transmission explicite que j’ai reçue : « La vie, c’est une tartine de m* qu’on mange tous les matins » – Merci papa pour l’optimisme, justement ça me manquait un peu)

De la même manière, on manque tous les deux beaucoup de confiance en nous. Ça ne s’exprime pas de la même façon pour tous les deux, mais c’est clairement un trait de personnalité marqué. Et qu’on retrouve chez toute ma famille et toute la sienne. Comment croire que ça a une chance d’être autrement pour nos enfants ? (et pourtant qu’est-ce que je leur souhaite, à ces petits être même pas encore conçus !)

Avec tout ça, n’est-ce pas un peu irresponsable de devenir parents ?

Après l’argument « le monde va tellement mal que c’est cruel de leur imposer d’y vivre », l’argument « il n’y a pas de place pour tout le monde donc c’est criminel d’y ajouter des habitants », voici donc l’argument « t’es tout moisi tu vas pas polluer le génome et le cerveau de la prochaine génération avec tes problèmes ». Oui, mais…

Tant qu’il y a de l’espoir

Oui mais je veux quand même devenir maman, aimer et accompagner mes enfants. Si la nature ne nous permet pas d’avoir nos enfants issus de nos cellules, on aimera et accompagnera nos enfants issus d’un miracle ou d’un ailleurs. Et on fera tout ce qu’on peut afin de leur donner les cartes pour rendre ce monde un peu « moins pire ».

Et pour ce qui est de la transmission de nos faiblesses, je compte sur notre conscience du problème pour essayer d’en atténuer les conséquences négatives.

Ces derniers temps, j’ai recroisé une idée qui va et vient dans ma tête et dans ma vie depuis des années, et qui commence à faire un peu sens. Je ferai probablement un article sur le sujet un jour, donc je ne vais pas m’étendre, mais il me semble qu’une grosse partie de mes problèmes (de ceux de mes parents, ma sœur, mon frère, mes neveux, et sans doute de mon mari) vient du fait qu’on est probablement APIE. L’auteur de ce joli acronyme a voulu que ça sonne comme Happy, mais il s’agit des Atypiques Personnes dans l’Intelligence et l’Émotion ; et le fonctionnement cognitif qui va avec ne rend pas toujours très heureux. Ce que je me dis, c’est que si notre vulnérabilité psychique et émotionnelle vient de là, un peu de lecture et une vigilance sur le sujet au cours du développement de nos enfants, sans en faire des tonnes mais en cherchant à répondre au plus près de leur besoin, permettra peut-être de limiter la casse.

Au final, je crois que c’est un enjeu fondamental quel que soit le problème : si on le détecte, si on le comprend, on peut trouver des solutions pour compenser les difficultés et/ou vivre heureux en évitant les situations problématiques.

L’amour et les bonnes intentions ne font pas tout bien sûr, on peut faire des erreurs en cherchant à trop protéger. Mais en arrivant au bout de ce billet, j’ai envie de formuler ce souhait : en faisant confiance à tout l’amour et la bienveillance que j’ai déjà pour ces petits minots qu’on attend avec impatience, à tout l’amour et la bienveillance qui vont nous surprendre parce que même en s’y attendant on ne peut pas imaginer combien on va les aimer et leur vouloir du bien, en faisant confiance aussi à leurs ressources inconnues, qu’on ne peut pas imaginer non plus car c’est la beauté des enfants de nous surprendreavec toute cette confiance, donc, j’ai l’espoir (malgré les quelques cailloux qu’on va laisser dans leurs poches sur la ligne de départ) de pouvoir les accompagner sur le chemin du bonheur.

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28 réflexions sur “Un problème de transmission (non, je ne vous parlerai pas de voiture, promis)

  1. Mince, pour ton mari, dit donc c’est pas évident chez vous ! Mais sinon, je n’ai absolument aucun doute sur votre capacité à transmettre le meilleur de vous même à votre progéniture.
    Et il me vient une idée en passant, as tu essayé la méditation car visiblement c’est une grande aide pour la dépression.
    Sinon, ton article est encore une fois très intéressant.

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    1. C’est gentil 🙂
      Pour la méditation, c’est un bon conseil, je suis assez persuadée de ses bienfaits (j’ai d’ailleurs offert le livre Calme et attentif comme une grenouille à un de mes neveux) mais j’ai un grief personnel qui me retient de sauter le pas, mais je sais que j’y viendrai un jour…

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  2. Oh zut pour ton mari !! Je suis passée par là et je sais ce que c’est. Vraiment bon courage. Le chemin est difficile, mais on s’en sort encore plus fort, car on connait mieux nos limites, ce qui nous a fait flancher. Pour moi, le plus compliqué à gérer désormais c’est la peur de recommencer. Mais j’y travaille.

    J’aime beaucoup comment ton article est structuré. J’ai l’impression que même si tu te poses des questions, tout à l’air quand même bien structuré dans ta tête. Et donc, je pense que tu as déjà les réponses à tes questions. Ta dernière partie y répond très bien. Tu as conscience de tes difficultés. Tu sais ce que tu veux transmettre et ce que tu ne veux pas. Je n’ai aucun doute que vous arriverez à transmettre le meilleur à vos enfants.

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    1. Merci pour ton soutien. Ayant moi-même traversé quelque chose de proche, je vois à chaque coup de bourre combien il est facile de glisser à nouveau le long de la mauvaise pente, mais comme tu dis, on apprend à être plus vigilant. Ceci dit, j’ai l’impression qu’il y a des personnalités plus enclines au burn out (trop consciencieux, ayant du mal à dire non), donc il faut faire attention tout le temps. Courage à toi aussi.
      Pour les enfants, j’arrive à rationaliser, mais quand l’émotion reprend le dessus, je me laisse emporter par l’angoisse, je pense que c’est aussi là qu’il faudra que je fasse attention – et que je m’appuie sur mon mari, qui est un grand stressé mais d’une autre manière, plus pragmatique et sans prise de tête. Il amènera sa tête sur les épaules à cette histoire, ça fait partie des raisons pour lesquelles je l’aime 🙂

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  3. On a tous nos défauts et nos qualités et finalement c’est ce qui fait aussi la richesse de ce monde. Tu as l’air d’être quelqu’un de très réfléchie, qui se pose beaucoup de questions et se remet aussi en questions alors je pense que vous serez de très bons parents qui sauront accompagner leurs enfants et leurs apporter tout l’amour dont ils auront besoin. Après, tu ne peux pas tout contrôler alors peut-être qu’ils seront sensibles et auront également un terrain à la dépression. Mais, dans ce cas, ils verront par ton exemple que l’on peut surmonter les épreuves et aller de l’avant, essayer de faire de cette faiblesse une force. Pour la confiance en soi, j’ai envie de croire que si on valorise les enfants, qu’on leur donne tout notre amour et bienveillance, ils gagneront en estime d’eux-mêmes.
    Je souhaite que ton mari se remette rapidement de cette mauvaise passe.
    Autrement, en tant que fille de maman très fragile émotionnellement (dépression, bipolarité…) je dirais que ce qui compte le plus pour un enfant est de voir ses parents heureux, épanouis. Je sais que ce n’est pas toujours facile, que c’est indépendant de notre volonté et que la personne victime de dépression est celle qui en souffre le plus. Mais c’est assez difficile pour un enfant même aujourd’hui en tant qu’adulte de se sentir impuissant. J’ai parfois l’impression que les rôles sont inversés, que je dois prendre soin de mes parents, ce qui est normale mais j’aurais parfois besoin de transmission que je n’ai pas. Il ne faut pas non plus que les enfants soient la seule source de bonheur des parents. Cela reste un témoignage personnel, je sais aussi que nos parents nous aiment plus que tout et on fait de leur mieux.

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    1. Merci beaucoup pour ton message encourageant et ton témoignage.
      Sans avoir vraiment vu mes parents en dépression profonde, j’ai baigné dans un climat assez pessimiste ou la dépression était larvée ou cachée, et c’est bien ce qui m’inquiète : je n’ai jamais douté de leur amour, mais je vois que leurs gènes (peut-être) et leur manière d’être (sûrement) ont fait de moi une personne pessimiste avec tendance confirmée à la dépression. Mais j’ai eu la chance qu’ils prennent pas mal sur eux pour nous accompagner au maximum malgré leur souffrance. Je suis désolée d’apprendre que tu n’as pas assez eu ce soutien pour te guider, la parentalisation des enfants est très dure à vivre car elle te vole ton enfance et n’aide pas à construire des fondations solides. J’espère que tu pourras trouver quand même la transmission dont tu as besoin (il n’est jamais trop tard pour réparer, cette idée revient pour la deuxième fois cette semaine, je vais peut-être essayer d’y consacrer un billet) même si c’est sans aucun doute plus difficile tant que tes parents continuent d’aller mal… Plein de pensées de soutien pour toi.

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  4. Dis-donc, tu écris drôlement bien! Je suis impressionnée par ton style! Je trouve ton article intéressant, et je t’avoue que je ne m’étais jamais interrogée sur ce problème de transmission, qui est pourtant capital. En fait, j’aurais trop peur de tout ce que je pourrais leur transmettre de négatif, c’est pour cela que j’évite le sujet!
    Mais je suis certaine que les enfants sont forts et qu’ils savent faire le tri, consciemment ou non, de ce qu’il y a de bon à prendre chez les parents. Nul n’est parfait, et même si c’est bien d’en prendre conscience, je pense qu’il vaut mieux se faire confiance sans trop y réfléchir… Tant que tu leur donnes de l’amour, c’est le principal! (ok, c’est un peu simpliste….)

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    1. Ohoh, tu vas me faire rougir ! Merci 🙂
      Sur le fond, c’est vrai que ça fait assez peur et j’imagine qu’on peut bien vivre sans se rajouter une couche d’angoisse à ce niveau, mais c’est bien le fond de mon problème : je suis angoissée de transmettre mon angoisse à mes enfants, alors ça m’angoisse (ça y est, le mot « angoisse » a perdu son sens devant l’absurdité de la succession de phonèmes : angoisse, AN-GOI-SSE)
      Mais au final, je suppose que lorsque les enfants sont là, on fait comme on peut et si l’amour est là, on n’a pas tout réussi mais on n’a pas tout raté non plus !

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      1. Je vais pas te faire la morale, je suis aussi aussi une grande angoissée (mais frivole) (c’est compliqué ). Du coup, j’évite d’y réfléchir parce que la vie est trop courte ! Bises♡

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  5. Ça me fait rire ce que tu dis sur les petits blonds au nez en trompette, depuis le début on plaisante avec mon mari sur le fait qu’étant tous les deux bruns (brun corbeau à l’asiatique pour mon mari, chevelure épaisse à la méditerranéenne pour moi) aux yeux bruns, il faudrait qu’il se pose des questions si notre enfant était blond aux yeux bleus… et au final, notre fille n’est pas tout à fait blonde aux yeux bleus, mais elle est châtain clair aux yeux bleus/verts… et je jure que le facteur n’a rien à voir là-dedans 😉 La génétique peut nous surprendre 😀

    Et on peut aussi être surpris du point de vue psychologique, il n’y a pas je crois de fatalisme dans ce domaine, surtout si vous êtes dans la démarche consciente d’élever vos enfants autrement. Evidemment, on ne choisit pas complètement pour nos enfants, on ne peut pas les obliger à être épanouis, à être heureux s’ils ne le « veulent » pas, mais on peut en tout cas tout faire pour… On aura sans doute plein de regrets sur notre éducation, mais on aura fait ce qu’on pouvait avec ce qu’on avait. Après ce sera aussi à nos enfants de prendre le contrôle de leur vie et d’en faire quelque chose de beau 🙂

    PS : il est court cet article ! Je suis presque déçue 😀 (je plaisante)

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    1. Ahah, de notre côté on a même un petit espoir de variété pour les yeux parce qu’il y de tout des deux côtés, mais franchement, si on arrive à faire un nez en trompette, je remets en cause tout ce qu’on m’a jamais appris en génétique !
      Je me dis comme toi qu’il n’y a pas de fatalisme, mais en plus de l’héritage génétique et de l’imprégnation inconsciente, je crains le retour de balancier que pourrait provoquer trop de vigilance sur le moral des enfants. Mon doc m’a parlé de ces familles où l’on craint tellement la dépression qu’on transmet de l’angoisse dans l’autre sens… Je vois bien avec la nourriture que la meilleure façon d’avoir des enfants qui ont un rapport sain à l’alimentation c’est de ne pas en faire un point de crispation, de laisser faire le naturel, et quelque part j’aimerais bien que ce soit naturel pour mes enfants d’avoir des émotions, heureuses ou tristes, sans que ça soit source d’angoisse pour moi ou pour eux. Après, comme tu dis, ces enfants seront eux-mêmes en charge de leur vie, et il faut sans doute leur faire un peu confiance aussi 🙂
      (Pour l’article court, j’avoue, je suis fatiguée alors je me suis dit que les autres idées seraient pour une prochaine fois 😉 )

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  6. Hihi, après t’avoir lu en sous-marin quelques temps, je prends enfin le temps de laisser un commentaire, car cet article me parle beaucoup !

    En effet, je me pose depuis toujours – inconsciemment ! – la question de la transmission avec mes futurs enfants. Et ainsi, dès l’adolescence, sans même avoir un projet bébé en tête, je me disais que j’irais voir un psychologue avant d’être enceinte. Pourquoi ? Parce que j’avais (j’ai ?) ce sentiment d’être envahie d’angoisses, sans bien comprendre pourquoi ni comment. Alors je souhaitais donner à mon bébé toutes les chances d’être « bien dans ses baskets », de partir avec la toile la plus blanche possible pour y dessiner sa propre histoire… Il m’a fallu trèèèèèès longtemps pour me décider, et le premier psy que j’ai rencontré m’a sorti « Je ne fais pas dans le préventif ». Super… Aujourd’hui, ça fait 8 mois que je vois un psy plus à l’écoute, qui m’a fait comprendre que j’avais bien fait d’entamer cette démarche.

    Je ne peux m’empêcher de me dire que, quand même, ces profonds questionnements sont un indice que nos bébés seront dans des foyers relativement sains et bienveillants. Mon mari est psychologue pour enfants en institution, il voit des histoires de famille franchement navrantes, et cela me fait sourire jaune lorsque je vois que je me pose plus de questions que cette mère qui a fait un enfant pour « retenir son mari qui allait partir avec sa maîtresse »…

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    1. Merci à toi de faire émerger le sous-marin alors, ça me fait plaisir de découvrir une nouvelle lectrice (réunionnaise en plus ! mon quart d’origine insulaire se réjouit 🙂 )
      Je suis assez sidérée par la réponse du premier psy que tu as rencontré, c’est vraiment déplorable de tenir un discours comme celui-là ! Heureusement que tu as retrouvé le courage d’aller voir quelqu’un d’autre, le premier pas vers un accompagnement coûte moralement, donc quand ça rate la première fois il faut beaucoup d’énergie pour se lancer à nouveau (ça m’est arrivé plusieurs fois avant de trouver qqn qui me convienne)
      En plus, une des premières choses qu’on m’a dites quand j’ai commencé à être suivie, c’est que les périodes où on allait mal n’étaient pas les plus propices pour résoudre nos problèmes de fond, donc je trouve que tu as très bien fait d’entreprendre cette démarche « en préventif ».
      Je n’ose pas imaginer ce que ton mari doit croiser comme histoires horribles, en effet au moins chez nous il y aura de l’amour et de la bienveillance, ça fait beaucoup (je vois la différence avec un proche qui a eu une histoire difficile et qui ne peut pas se raccrocher à cette idée, c’est beaucoup plus dur pour lui).
      Je te souhaite un cheminement constructif et apaisant qui vous amènera à une belle vie de famille quand le temps sera venu 🙂

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  7. Vaste sujet ! Je pense qu’on se pose tous la question de la transmission à un moment donné. Moi c’est mon caractère de cochon qui me fait peur. Si j’ai une progéniture aussi têtue que moi, on risque de mettre le feu à la maison !!!
    Il me semble que tu as déjà bien réfléchi à la question et tes solutions semblent tenir la route. Il faut faire de son mieux, donner beaucoup d’amour et croiser les doigts pour le reste. Et si ça ne marche pas, il y a toujours le bootcamp (je rigole).

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    1. Bim, ici aussi j’avais oublié de répondre… bouh la fatigue !
      Héhé, si tu as grandi sans passer par l’école militaire, tes enfants devraient réussir à y échapper aussi 😉
      Et puis la magie quand on a la chance d’être 2, c’est que tes enfants auront aussi un papa pour tempérer un peu les ambiances pyromanes !

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  8. J’ai mis du temps à lire ton article, car je voulais absolument être disponible à la lecture, être de ne pas avoir d’interruption dans le cheminement de mes réflexions en te lisant, cette thématique me parle énormément !!!
    Qu’allons-nous transmettre à nos enfants ? En positif, en négatif… Que souhaitons-nous leur transmettre ? Ces questions sont fondamentales et même si on en discute avec l’Amoureux, c’est souvent sur le ton de la blague, genre « il faudrait pas qu’ils soient aussi susceptibles que toi », « s’ils sont aussi têtus que nous ça va swinguer! ». Mais au final, la réflexion a surtout émergé quand la grossesse a démarré… En fait, j’y avais réfléchi, mais j’ai l’impression que ce n’était pas réellement conscient.
    Ma hantise c’est de transmettre ma maladie ! Parce que oui, j’ai un terrain génétique, oui (même si certains médecins refusent de l’entendre) mes douleurs ressemblent étrangement à celles de ma grand-mère et que même si sur 5 enfants et 15 petits-enfants, il y en a que 2 qui souffrent de douleurs similaires, il y a quand même un risque de transmission….
    Bref, tu sembles avoir creuser la question de manière approfondie. Les solutions que tu proposes sont très intéressantes et censées. De toute façon j’ai la sensation qu’en devenant parents, on fait de notre mieux… L’important c’est de leur donner notre amour !
    Je suis désolée de lire que ton mari traverse une mauvaise passe, j’espère que ça va mieux.

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    1. Oh ben ça alors, je n’avais pas vu que j’avais oublié de te répondre… Merci pour ton commentaire et tes souhaits – le suivi de mon mari porte ses fruits, et ça va un peu mieux.
      Pour ce qui est de la transmission génétique, en effet, tu as dû aborder la question de manière particulière avec ces douleurs. Ce que je sais, c’est que mon terrain dépressif, que j’attribue au moins en partie à une transmission génétique, je ne l’ai jamais reproché à mes parents, malgré les souffrances qu’il m’a valu. Maintenant que j’arrive à profiter des bons côtés de la vie (ce qui n’était pas très facile en phase de dépression rétive au traitement), je suis déterminée à penser que ces bons côtés « valent la peine », c’est pourquoi j’ose prendre le risque de les transmettre à mes enfants, en me disant qu’on fera tout pour les aider à maximiser ces bon côtés et à gérer au mieux les mauvais si on leur a transmis…
      Je souhaite fort que tout aille bien pour votre petit haricot, et que le monde médical avance pour t’aider à aller mieux.

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  9. Le sujet que tu abordes fais parti de ceux sur lesquels je me suis posé beaucoup de questions pendant ma grossesse ! C’est vrai que l’on transmet finalement beaucoup de choses à nos enfants sans même en avoir conscience.
    Mais je pense justement que le fait d’en prendre conscience fait déjà que tu seras beaucoup plus vigilante sur les traits de caractères que tu voudrais éviter de transmettre ! Et puis je crois profondément que le plus important dans ce que l’on transmet c’est de le faire avec amour et bienveillance.
    Il ne faut pas oublier aussi que même si nos enfants se construisent sur notre modèle, ils se construisent aussi en opposition à ce que nous sommes sur certains points. Alors finalement soyons optimistes : ils prendrons le meilleur et s’opposeront au moins bon !
    Avec mon mari nous avons des caractères totalement opposés: je suis plutôt calme, perfectionniste (qui a dit maniaque ?) réservée mais très optimiste au quotidien alors que lui est plutôt très sociale, un peu râleur et beaucoup plus pessimiste. Espérons que nos enfants ne seront pas des timides, maniaques, râleurs et pessimistes 😉

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    1. J’ai littéralement ri à haute voix seule dans mon salon en lisant ta dernière phrase 🙂 Ça me fait penser à Coluche (attention c’est c*n et j’espère que ce n’est pas politiquement incorrect) : « Dieu a dit : il y aura des hommes blancs, il y aura des hommes noirs, il y aura des hommes grands, il y aura des hommes petits, il y aura des hommes beaux et il y aura des hommes moches, et tous seront égaux ; mais ça sera pas facile… Et puis il a ajouté : il y en aura même qui seront noirs, petits et moches et pour eux, ce sera très dur ! »
      Sinon,merci pour l’idée du contre-modèle, ça peut aider aussi à se dire qu’ils feront le tri, j’espère juste pouvoir leur donner le nécessaire pour pouvoir le faire (j’ai une copine aux parents très pessimistes qui n’arrive décidément pas à se mettre à l’optimisme alors qu’elle en rêve…)

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  10. Je suis convaincue, tout comme toi, que la génétique joue beaucoup. J’avais peur aussi de mon côté pour mon enfants parce qu’au niveau de la dépression, du côté de mon père comme de ma mère, il y en a beaucoup. Et puis… les enfants arrivent. Tu sais déjà les points de vigilance que tu devras avoir. La confiance en soi, ça s’apprend. Et le parent et le mieux placé pour ça. Pour trouver son enfant beau, intelligent… et le lui dire ! Alors bien sûr tes enfants, comme tout être humain, auront des défauts. Mais avec une maman qui se pose autant de questions, ils partent gagnant avant même d’exister !
    PS : et s’il y a un truc qu’on ne comprend pas, c’est bien la génétique, alors tout est possible 🙂

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    1. Et hop, un petit sourire du coeur en lisant ton gentil message 🙂
      Comme tu le dis, j’imagine que la réalité nous rattrape, et qu’on réagit en fonction de ce qu’on sent, et que l’amour attentif est un bon garde-fou contre le pire.
      Pour la génétique, promis, je fais un papier si j’ai un enfant avec le nez en trompette 😉

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  11. Je n’étais encore jamais passé sur ton blog (pas bien) et je tombe sur un article super intéressant ! La question de la transmission est vraiment intéressante car complexe : mes grands parents tait hyper-sédentaire alors que mes parents ont démén

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    1. déménager régulièrement dont les DOM-TOM. À coté de ça, je parle quelques mots de patois lyonnais sans y avoir jamais vécu car ils font partis de l’histoire de ma famille.
      Je sais qu’au niveau génétique, la famille de mon mari a pas mal de prédisposition allergique et j’espère que mes gènes l’emporteront 😉
      Sinon, à ma petite échelle, je trouve que les enfants nous rendent plus fort, surtout si on souhaite les élevés en pleine conscience : avant, j’avais peur du regard des autres, maintenant sel leurs regards compte et si ça implique de chanter à tue tête dans la rue, ça ne me gêne plus cr j’ai envies de leur apprendre à être fier d’eux-même sans se soucier de l’avis des autres ^^.

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      1. Ça y est, après un petit épisode malade, je suis de retour pour approuver ton commentaire ! Du coup je te pardonne d’avoir tarder à venir me lire 😉 Bienvenue 🙂
        C’est vrai que dans mon article, je ne parle pas beaucoup des racines à transmettre, n’en ayant pas eu beaucoup moi-même (beaucoup de déménagements lors des 2 dernières générations) mais je me dis que j’aimerais y retourner un peu et peut-être que les enfants nous y aideront !
        « Leur apprendre à être fier d’eux » : j’approuve ++

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  12. Encore un article qui soulève un sujet de fond, qui me touche, mais sur lequel je crois n’avoir jamais eu le courage de pousser le réflexion. Je me connais, et je sais que si je réfléchis trop à tout ça, je vais me mettre à paniquer.
    Ce n’est pas très glorieux, on est d’accord, mais parfois, quand je vois mes limites se profiler au loin, je préfère faire l’autruche….
    Tout ça pour te dire que même si je me retrouve tout à fait dans tes interrogations, tes peurs et tes questions, j’ai pris le parti, pour pouvoir avancer dans mon projet de maternité, à l’époque où nous envisagions ma première grossesse, mais encore maintenant alors que j’apprends à être mère un peu plus chaque jour, de me concentrer sur le positif. Je reste persuadée (ou j’essaie de me persuader, ce serait plus juste) que l’éducation est prédominante sur la génétique. D’un côté, c’est rassurant de se dire que nous pouvons au jour le jour dispenser à nos enfants une éducation saine qui va les aider à compenser les éventuelles tares génétiques qu’ils portent en eux par notre faute. Mais d’un autre côté, cela met une forte pression sur les épaules de la jeune maman que je suis…
    Bon voilà, tout ça pour dire que non seulement mon raisonnement n’est pas forcément très juste, scientifiquement et sociologiquement parlant, mais en plus pas forcément très rassurant non plus….!
    Je t’ai déjà dit que parfois j’étais perdue, quand je te lisais ?! Tu soulèves des questionnements bien trop profonds pour moi, tu vas me faire paniquer….! 😉

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    1. Oh et puis tu te souviens de ce que je disais sur DMT ? Quelque chose me pousse à faire beaucoup plus confiance à ma fille qu’à moi-même : je lui fais confiance pour trouver le moyen de m’exprimer ses besoins et j’essaie d’être vigilante pour y répondre. Elle est encore toute petite, bien sûr, mais ce mode de fonctionnement nous a déjà bien aidé et j’espère que nous pourrons, Mister F. et moi, continuer à le pratiquer lorsque nos enfants grandiront….
      Toujours cet éternel optimisme ! 😉

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      1. C’est drôle, mon mari crains que ma façon de « trop réfléchir » augmente mes angoisses (comme ce que tu décris) alors que j’ai l’impression au contraire qu’y réfléchir me permet d’extérioriser une angoisse qui est là de toute façon, et aussi qu’en parler me donne la chance d’avoir plein de conseils et d’opinions intéressantes pour diminuer l’angoisse.
        Ce que tu dis sur le fait de s’en remettre à l’acquis qui permettrait de contrebalancer l’inné va dans le sens de ce que je pense, mais c’est vrai que ça doit mettre une sacrée pression – si à chaque seconde on se dit qu’on rajoute une séance de psy à l’adulte que notre bébé deviendra, ça risque d’être difficile d’avancer ! C’est pour ça que j’aime beaucoup la confiance que tu exprimes dans ta fille, à plusieurs titres : je pense que c’est hyper enrichissant pour l’enfant de sentir cette confiance et cette écoute que tu proposes, ça peut te soulager un peu de la pression, et également, ça aide à nous remettre nous-mêmes (anciens petits, et pour toujours enfants de nos parents) en position active dans notre vécu. Personnellement, j’ai eu un peu trop tendance à penser ma vie comme subie, sans doute parce qu’on ne pas forcément donné cette occasion d’exprimer mes besoins, mais ça me fait du bien de me dire que je ne suis pas qu’un galet roulé par les vagues – ou plutôt si, mais au sens noble : le ressac a participé à faire ce galet bien lisse, mais il n’aurait pas cette forme-là s’il était fait d’autres minéraux, et surtout, les vagues n’ont rien changé à sa couleur, sa brillance ou sa solidité… En faisant confiance à ta fille, tu la laisses dévoiler ce qu’elle est, elle, et comme ça, tu l’aides à prendre la vague pour devenir le plus beau galet de la plage 😉
        En vrai, j’espère que ça ne te fais pas sérieusement paniquer de me lire, sinon je vais mettre en place une signalisation comme le logo [-12] ou PEGI15 : « Attention, ce billet contient des propos susceptibles de perturber les personnes angoissées » 😉

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