Espérer sans croire, juste une autre histoire d’attente

Aujourd’hui, j’attends. J’attends la bonne nouvelle, ou le jour 1 N°3.

3 mois, ce n’est pas grand chose.

Sauf que ça ne fait pas 3 mois qu’on a lancé l’aventure, mais 6. Fin avril, l’Ours m’a proposé d’arrêter la contraception, mais le temps de confirmer que mon traitement est compatible avec une grossesse, de faire tous les petits bilans, de commencer l’acide folique et d’avoir un RDV pour retirer le DIU, il s’est écoulé 3 mois de plus.

Sauf que ça ne fait pas 6 mois qu’on y pense, mais des années. Mariage et achat immobilier il y a 2 ans, en couple depuis 12 ans… c’est ma dépression et ses conséquences (notamment professionnelles et financières) qui nous retiennent depuis un moment déjà. J’en avais d’ailleurs parlé sur Dans ma tribu.

J’ai lu assez de témoignages de parcours PMA du combattant pour ne pas me plaindre de cette attente. Et assez de récits de femmes dévorées par l’envie d’avoir un enfant, qui y pensent chaque minute de chaque jour, pour avoir conscience de ma chance.

Je crois que mon envie d’avoir un jour des enfants, qui a émergé en découvrant le bonheur de voir grandir mes neveux et qui s’est développée en m’occupant d’eux, a été tellement contenue par mon fatalisme dépressif qu’elle ne se déploie pas avec grandiloquence. Depuis des années, je regarde dans chaque poussette que je croise, je souris aux bambins dans le métro, je craque en voyant un môme tout hésitant sur ses petites jambes, et pourtant je ne me projetais pas, persuadée d’en être hors-jeu jusqu’à la guérison – un horizon bien flou.

Maintenant qu’on s’est décidés, cette envie ne prend pas trop de place, elle vit dans un petit coin de moi, elle m’habite comme un espoir, mais pas comme un manque. Voilà, c’est ça la différence avec ces couples en souffrance : je ne suis pas encore en manque de bébé, seulement en espoir que ça arrive.

Mais je me rends compte que chaque mois j’y pense un peu plus que la fois précédente. La première fois, j’étais sûre que ça ne pouvais pas marcher du premier coup (mes belles soeurs et ma copine ont pris le bon côté des stats, on ne peut pas tous gagner à la loterie !), donc j’y pensais très peu.

La deuxième fois, j’ai regardé mon ventre un jour en me demandant s’il y avait quelqu’un dedans. Et j’ai guetté les signes. Je crois que je ne m’étais jamais autant intéressée à mes seins avant. Le jour 1 N°2, j’ai craqué et j’ai acheté des bodys Petit Bateau en méga promo, ils sont cachés dans un sac en kraft dans un coin pour ne pas que mon mari les voit, et pour ne pas que j’y pense trop.

Cette fois-ci, j’ai l’intuition que ça n’a pas pris, mais je guette les signes, et surtout, j’imagine. Si ça a marché cette fois-ci, ça voudra dire un bébé en juillet, une grossesse sous le soleil. Si ça a marché cette fois-ci, on n’arrivera pas à le cacher aux familles pendant les fêtes pleines de foie gras et de saumon, alors je me demande comment on va leur annoncer. Si ça a marché, je ne pourrai peut-être pas finir l’année avec mes étudiants. Si ça a marché, quand est-ce que mes collègues vont s’en rendre compte ? Si ça marche, il va falloir faire la chambre, je vais faire plein de couture. Si ça marche, nos parents vont craquer pour cette nouvelle merveille, mes belles-sœurs vont être folles de joie, mon frère et ma sœur vont rencontrer un nouveau neveu ou une nouvelle nièce. Si ça marche, mon mari aura bientôt un petit amour dans les bras pour de vrai et je les aimerai tout les deux à la folie. Si ça marche on va devenir parents. Si ça marche on va avoir un enfant à aimer pour la vie.

J’ai hâte, mais l’attente ne fait pas trop mal. Je suis contente d’avoir pu lui donner un sens avec le don de plaquettes. Voir une femme enceinte n’est pas un coup de poignard, pouponner les enfants des autres n’a pas cet arrière-goût de souffrance que j’ai lu chez certaines. On a la chance d’avoir un entourage qui ne nous met pas la pression, je crois que ma santé a permis d’être très clairs sur le fait que ça pourrait arriver dans longtemps.

L’attente ne fait pas trop mal. Mais j’ai hâte.

 

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22 réflexions sur “Espérer sans croire, juste une autre histoire d’attente

  1. Je te souhaite de tout coeur que ce projet de bébé se concrétise.
    Tu es très lucide sur le fait que parfois cela peut prendre du temps. C’est un beau message d’espoir, de patience et d’amour.

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  2. J’espère que votre projet va se concrétiser !
    L’attente n’est pas la partie la plus évidente. J’ai dû attendre avant de nous lancer réellement dans les essais et c’est la partie que j’ai trouvé la plus dure.
    Ton texte est magnifique !

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    1. Merci ! en voyant le commentaire de Claire, je me dis qu’il y aura sans doute quelques autres moments durs, mais rien de grave à côté de l’amour qu’on leur porte déjà, non ?
      C’est pour bientôt, toi ?

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      1. L’amour qu’on leur porte déjà ! Oui c’est exactement ça. Ils ne sont pas encore là mais déjà bien présents dans nos cœurs et dans nos têtes !
        Moi c’est pour fin mars… Donc il (ou elle) a encore le temps de rester bien au chaud 😉

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  3. Je te souhaite un beau bébé très rapidement. L’attente est effectivement la partie la moins réjouissante. Je me reconnais beaucoup notamment sur la projection : si ça marche ce mois ci, on pourra l’annoncer à telle date, est ce que ce ne sera pas trop compliqué avec le boulot ?

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  4. Tu as fait court cette fois ci 😉
    Mais comme d’habitude, ton billet est super.
    J’espère que ça arrivera vite pour toi. Pour ma part, je ne me suis pas mis de pression et quand j’ai eu mon retard de règle, je n’ai même pas pensé que je pouvais être enceinte ! (enfin après 4 jours de retard ça a fait tilt !) En même temps, c’est arrivé après 4 mois d’essais. Après, je pense que passé 6 mois, ça aurait commencé à me travailler. Mais c’est super ton don de plaquette. Et si je peux me permettre, profite de tes nuits en pensant à moi 😉

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    1. Merci 🙂
      Pour les nuits, mon mari est insomniaque depuis longtemps, et il semblerait qu’il m’ait contaminée… du coup on prend de l’entrainement ! Je plaisante bien sûr, mais j’espère que ta fille va bientôt trouver son rythme, ou plutôt un rythme compatible avec votre santé physique et mentale

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  5. C’est joliment dit, décidément j’aime beaucoup ta façon d’écrire, que le billet soit court ou long d’ailleurs.
    C’est vrai que la période d’attente est un peu hors du temps, chaque mois on ne sait pas si cette fois ci notre vie va changer pour toujours ou si on a encore un peu de temps à attendre à deux 🙂
    Je te souhaite un joli petit haricot pour bientôt !

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  6. L’attente ne fait pas trop mal. Mais j’ai hâte moi aussi !
    Je crois qu’on est tout à fait sur la même longueur d’onde. Enfin moi c’est peut être de la résignation à l’idée que ça risque de prendre longtemps, voir très longtemps…
    En tout cas comme toi j’espère et j’en profite pour faire des choses que je pourrais difficilement faire avec un bébé comme des longs voyages, des grasses-mat… Il y a un temps pour tout 😉

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    1. Ce mot, « résignation », me rend triste et me touche à la fois, parce qu’il y a un peu de ça dans l’acceptation de l’attente et de notre impuissance à forcer le destin. Heureusement, de notre côté, il y a aussi une confiance discrète dans le fait que ça finira par marcher et que sinon on trouvera d’autres solutions. Je vous souhaite un beau bébé pour bientôt, et plein de grasses matinées voyageuses en attendant 🙂

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  7. Je t’envie cette zénitude face aux essais. La première fois, j’avais commencé à « craquer » au bout de deux mois (oui oui, je sais). J’écrivais sur mon précédent blog qu’on avait le droit de se plaindre au bout de trois mois, parce que c’était le moment où ça devenait franchement long, même si c’était bête et déraisonnable étant donné que la moyenne est à six mois et que beaucoup de couples attendent beaucoup beaucoup plus. Au final j’en ai attendu huit, qui m’ont semblé une éternité. Et j’ai été très très heureuse de tomber enceinte en un claquement de doigts un peu hésitants la deuxième fois, pour ne pas avoir à affronter une nouvelle fois cette période des essais.

    Je te souhaite en tout cas de continuer à aborder ces essais de façon sereine 🙂 Et un petit bébé très vite : je sais ce que c’est d’attendre depuis des années, en fait, tout cumulé, et c’est une vraie joie, incomparable, quand cette envie se concrétise enfin…

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    1. Il me semble me souvenir que tu rêvais d’avoir un bébé depuis l’adolescence, donc en effet, si tu as attendu 10 ans les bonnes circonstances, les mois d’essai ont dû sembler bien longs.
      Je crois que mon mari m’aide côté zénitude, c’est un de ses points forts (dans la vie perso, parce que côté boulot c’est une autre histoire). Et comme je disais à Flora, une confiance qui me vient de ma mère – qui dit que les petits malheurs protègent des grands et que les épreuves font partie du chemin qui mène au bonheur.
      Donc je me dis que lorsqu’on sera parents, d’une manière ou d’une autre, on aura évité toutes les choses plus graves que celles qu’on aura éventuellement vécues, et que l’attente nous aura permis d’avoir cet enfant-là, qui fait notre bonheur et qu’on n’échangerait pour rien au monde contre n’importe quel autre mélange de nos gamètes survenu la fois d’avant (comme dans le film Il était temps, où le héros se rend compte que s’il change le passé, il change infinitésimalement les circonstances de la conception de son enfant, donc ce n’est plus le même, or celui qu’il aime, c’est celui qu’il a aimé jusque là…)
      Je ne suis pas claire du tout, mais en gros, je me persuade que cette attente est pour le mieux, on verra si je suis dans le même état d’esprit après un an d’échec, mais en attendant, comme dit ma mère (quel puits de sagesse !) : courage et patience

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  8. Je te suis depuis peu, mais comme je te l’ai dit la dernière fois, ton style me touche et me plaît.
    Je ne suis pas sûre de bien comprendre…. La guérison dont tu parles, c’est relatif à une dépression?
    Je veux dire, il n’y a pas d’autres « obstacles » à priori qui t’empêcheraient d’avoir un enfant?
    Je comprends le sentiment qui doit t’habiter lors de cette attente.. IL est délicieux et dévorant en même temps.
    Evidemment, je croise les doigts pour toi et j’attends de tes nouvelles!

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    1. Ça me fait plaisir et ça me touche, ce que tu me dis 🙂
      Pour la guérison, oui, il s’agit bien de dépression, je n’ai heureusement pas (à ma connaissance) de problème somatique qui nous empêcherait d’avoir des enfants. Je fais exprès d’employer ce mot car je revendique à ma manière l’idée qu’il s’agit bien d’une maladie, contrairement au pessimisme qui est un trait de caractère ou à la déprime qui est un état passager non pathologique. Quand j’étais au fond du trou, l’idée qu’un jour je pourrais aller mieux était totalement abstraite pour moi, quelque chose que je pouvais entendre rationnellement mais pas imaginer une seconde comme une réalité. Et comme je l’avais expliqué sur DMT, la dépression se déployait en un faisceau d’obstacles (les médicaments + le mal-être permanent + l’incertitude professionnelle + l’hypersomnie + le sentiment de nullité + l’angoisse) assez dissuasif. Aujourd’hui je ne suis pas vraiment guérie, mais on a enfin trouvé un traitement auquel je réponds, et le cercle vertueux s’est enclenché, donc il ne nous reste plus que le parcours classique pour tout le monde (et un suivi particulier à envisager quand ça marchera, que je ne manquerai pas de raconter en long en large et en travers pour toutes celles qui auraient les mêmes espoirs et contraintes que moi)
      Merci pour tes souhaits, et j’espère pouvoir très bientôt vous annoncer une bonne nouvelle !

      Aimé par 1 personne

    1. Alors, euh… comment dire, euh… pour l’instant je n’ai rien d’autre que ce blog, mais je me dis que ce serait bien de permettre aux gens qui n’ont pas wordpress de s’abonner.
      Du coup je me permets de te poser la question : sur HC, j’ai une réticence à cause du droit de propriété intellectuelle, car je ne suis pas sûre de bien comprendre les implications de cette phrase de leurs conditions d’utilisation :
      « Il cède expressément et gracieusement à PRISMA MEDIA l’ensemble des droits de propriété intellectuelle afférant aux Contributions mises en ligne sur le Site et qui seraient protégeables au titre du droit d’auteur et, notamment, le droit de reproduction, de représentation et d’adaptation sur tout support, qu’il soit numérique ou non numérique, gratuit ou payant, édité par PRISMA MEDIA ainsi que dans le cadre de la présence du Site sur tous réseaux sociaux ou communautaires et de tous partenariats conclus par PRISMA MEDIA. Ces droits sont concédés pendant toute la durée de leur mise en ligne et dans la limite de la durée de protection des droits d’auteur. »
      Est-ce que ça concerne les commentaires, ou aussi les billets ? parce que je ne voudrais pas qu’ils « adaptent » ce que j’écris, c’est ce qui me fait le plus peur, même si ce n’est qu’un risque théorique.
      Du coup je vais peut-être suivre ton idée et faire plutôt une page Facebook…

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      1. Ah, figure-toi que je ne m’étais jamais posé la question. Mince… Tu as peut-être raison.. J’utilise bcp HC, car c’est pratique pour suivre les copines justement. Mais c’est pas grave, je ferai sans pour toi!
        N’hésite pas à venir me faire un petit coucou toi aussi quand tu auras le temps 😉

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