Dansez, dansez sinon nous sommes perdus !

« Tanzt, tanzt sonst sind wir verloren« 

Cette incroyable citation de la chorégraphe allemande Pina Bausch a une importance toute particulière pour moi. L’une de mes pires années de dépression, la danse a été une bouée de sauvetage, le seul truc qui me sortait du lit avec ma nièce et les rendez-vous chez le doc du cerveau.

Je me suis promis, histoire d’alléger un peu le ton après les deux précédents billets, de ne pas vous ressortir tout de suite un article torturé sur mes questionnements névrotiques*, alors je m’arrête là pour la dépression et je vous embarque dans une petit ode à la danse.

* Pour celles qui adorent ça, ne vous inquiétez pas, quand on chasse le naturel angoissé, il revient au galop ! J’ai encore des tonnes de questions-que-vous-ne-vous-êtes-jamais-posées sous le coude 😉

La danse, c’est ma passion —

— Non, non, ce n’est pas vraiment ça, car je ne passe pas ma vie à lire des bouquins sur la danse ou à regarder des spectacles, et je n’ai même pas trouvé de cours pour pratiquer depuis mon dernier déménagement… On recommence.


La danse, c’est ma vie.

Non pas que j’en vive (Dommage ! Ou pas, d’ailleurs, vu la dureté de la vie des danseurs professionnels). Tout simplement, la danse est tout le temps dans ma vie. Quand je marche dans la rue, je danse. Sur le quai du métro, je danse. Dans mon salon, je danse. Dès qu’il y a plus de 10m² de bon sol bien lisse, je danse. Dès qu’il y a plus de 5 notes de musique, je danse.

Quand je sers au volley, je danse (oh, la jolie attitude ! par contre, c’est pas très efficace). Quand je tire un lancer-franc au basket, je danse (oh, la jolie arabesque ! c’est pas très efficace non plus). Quand je cède le passage, je danse (oh la jolie pirouette !). Quand je m’étire, je danse (oh, le bel adage !). Parfois même, quand je rêve, je danse (oh, la pirouette infinie qui me libère de la gravité !)

Je danse tout, je danse n’importe quoi. Modern’ jazz, classique, contemporain, break, danses bretonnes, salsa, sh’bam, danse africaine, valse, sega… plus ou moins à ma sauce (plutôt plus), plus ou moins dans les règles (plutôt moins). J’aimerais toutes les connaître, j’aimerais toutes les apprendre.

Depuis toute petite, je danse tout le temps. Avec ma sœur, à 5-6 ans, on se retrouvait dans la chambre de mon père et on dansait sur sa musique en nous regardant dans la télé éteinte. Ensuite on a déménagé, sa nouvelle chambre était plus grande et on pouvait faire des grands jetés (si on faisait attention à ne pas renverser la télé !). Quand il y a eu une chaîne HiFi dans le salon, on a déplacé nos répétitions, en regardant notre reflet dans la vitre. Je passais littéralement des heures chaque semaine à danser seule en inventant des mouvements, une sorte de danse contemporaine que mon père a l’impression de reconnaître parfois dans des spectacles qu’il va voir.

Après, il y a eu les gentils cours à la MJC, puis les méchants cours au club super élitiste – où j’avais honte d’avoir chaque semaine la même tenue quand les autres en avaient une dizaine… J’ai laissé tomber les cours, pas la danse. Au lycée, il y a eu les fêtes où l’on danse comme des fous – je buvais très peu, la musique et la danse suffisaient à me griser. Je ne sais pas combien de temps j’ai mis à m’en rendre compte, mais j’ai compris que celui qui allait devenir mon mari 15 ans plus tard était amoureux de moi en le voyant me regarder danser. Pendant mes études, la danse me démangeait mais comment se défouler quand on ne supporte pas la fumée en boîte et dans les bars à salsa ? La moindre fanfare de rue était une occasion.

C’est d’ailleurs devant une fanfare que j’ai compris d’où venait cette place incroyable de la danse dans ma vie. Avec ma mère lors d’un festival d’art de rue, on a croisé une fanfare délirante, et on a dansé toutes les deux comme des folles. Sans aucun souci du regard des autres, comme une évidence (pour moi qui suis si timide et inquiète de l’opinion d’autrui, c’était assez fou). Une danse tellurique, une énergie de dingue. Plus tard, j’ai vu son père (mon grand-père) incapable de réprimer un pas de danse en écoutant de la musique. Il paraît que c’est raciste de dire qu’on a le rythme dans la peau, moi je suis sûre que j’ai la danse dans le sang. Et même si mon mari fait tout pour ne pas danser (pas de bol !) je suis sûre que nos enfants danseront. Enfin… j’espère, je serais bien triste si ce n’est pas le cas, mais ça voudra dire qu’ils sont comme leur papa, alors je les aimerai quand même 😉

Quand ça n’allait vraiment pas fort, j’ai commencé la danse classique (à 25 ans, donc), et j’ai adoré. Je suis passé de « c’est quoi un retiré ? » à 10h de danse par semaine en moins de 6 mois, et ma fabuleuse prof m’a offert l’immense honneur d’un solo dans le spectacle de fin d’année. Pas parce que j’étais une danseuse hors pair, loin de là, mais parce qu’elle avait senti cette énergie si particulière qui m’habitait quand je dansais, parce que c’était plus qu’un hobby pour moi. Aujourd’hui encore, cette prof fait partie de mon Panthéon personnel des gens qui ont changé ma vie, et je désespère de retrouver près de chez moi un cours qui me la rappelle.

tanzt

Crédit photo : Coline H-R

J’ai dit que j’aimais toutes les danses, et c’est vrai. Je suis loin d’exceller dans chacune, mais toutes m’attirent. La danse irlandaise pour faire un pied de nez à la gravité, la danse africaine pour la décharge d’énergie, le twist et le rock pour le swing, la valse pour la sensation de tourbillonner jusqu’au bout du monde avec mon partenaire, le break pour son utilisation incroyable du corps humain (le break c’est mon regret, j’adore mais je n’y arrive pas !)…

La danse classique m’a apporté autre chose : la rigueur, la précision. Pour moi qui n’aimais pas mon corps, qui avais du mal à en connaître les limites (au point de lui imposer des choses bizarres comme 6 mois de douches froides – hiver compris), la danse classique m’a permis de l’habiter entièrement. Pendant les exercices, il faut être conscient du port de tête au bout des orteils, en passant par l’épaule et le bout des doigts – il faut même projeter l’énergie au-delà pour qu’elle aille bien jusqu’au bout du bout. Dans ces moments-là, moi qui ai tant de mal à ralentir la machine à penser, je suis 100% présente au mouvement, mon esprit se superpose parfaitement à mon corps, et ça fait un bien fou. J’ai aussi fait de la barre à terre façon Pilates, et ce travail lent et profond m’a aidée à arrêter de « passer en force », de brusquer mon corps. En l’écrivant, je me rends compte que cet aspect de la danse rejoint probablement ce que beaucoup d’autres trouvent dans le yoga.

Pendant mes années d’études, je n’ai pas pu regarder un spectacle de danse, parce que la frustration de ne pas pouvoir danser était trop grande. Depuis que j’ai repris, même si c’est en pointillé, j’ai plaisir à aller voir des représentations, et (joie !) mon mari m’y accompagne d’assez bonne grâce. Regarder de la danse, c’est un plaisir esthétique, mais pas seulement. Avec la danse, on peut raconter des histoires, parler de la vie, de notre relation aux autres : joie, peine, amour, claustration, désir, solitude, amitié, regret, passion, peur, folie, liberté… tout un discours sans mot, qui parle directement au cœur, au corps et aux tripes. Ces derniers temps j’ai eu la chance d’aller voir pas mal de choses. Certaines me laissent perplexe, quand c’est trop détaché de la musique, d’autres m’enthousiasment. J’ai compris récemment que ça venait du fait que mes neurones-miroirs s’activaient à fond en regardant, j’ai même parfois du mal à rester immobile dans mon fauteuil, donc les œuvres qui me plaisent sont celles qui me font vibrer. On a eu récemment la chance d’être à moins de 10m de la scène, quelle sensation d’être éclaboussés par l’énergie des danseurs, surtout dans les moments en groupe. Souvent, je sors de la salle galvanisée et je fais des pirouettes dans la rue.

En ce moment pour moi, la pratique c’est du bricolage : quelques exercices à la barre dans mon salon, quelques pas de bourrés sur le trottoir, un peu de moonwalk en attendant le métro, et une bonne grosse défoulade quand il y a une fête. Ce n’est pas parfait, mais ça me permet de garder un peu de tout ce que m’apporte la danse : la décharge d’énergie, le bien-être physique, la rigueur, le plaisir, la grâce, l’euphorie.

Voilà, pour une fois il n’y a pas de grand raisonnement ni d’interrogation biscornue, juste un captivant morceau de ma vie et 55 occurrences du mot « danse » et de ses dérivés (+ 2 fois en allemand) – you’re welcome ! Je ne sais pas si d’autre gens partagent ce mode de fonctionnement, avec la danse ou avec n’importe quoi d’autre, mais si c’est le cas, ça m’intéresserait beaucoup d’en savoir plus.

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6 réflexions sur “Dansez, dansez sinon nous sommes perdus !

  1. J’adore aussi danser, je n’ai jamais pris de cours de danse à part des initiations par ci par là. Lorsque je danse, je me sens libre, légère… cela procure beaucoup de bien-être.
    On faisait pareil avec ma sœur, qu’est qu’on a pu inventer de chorégraphies ^^. Il m’arrive encore régulièrement de mettre la musique et de danser dans le salon. On met la musique et on danse tous les 3, bébé, papa et maman. Des petits instants de purs bonheurs. Et bébé est un danseur en herbe qui a le rythme dans la peau c’est trop rigolo. Lorsqu’on fait le ménage, on met la musique et ça nous met tout de suite de bonne humeur. Cela permet de recharger les batteries, de se défouler…

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  2. C’est très beau ce que tu décris. Pour moi la danse n’est pas aussi présente dans ma vie que pour toi. Mais durant mes études j’ai fait beaucoup de danse bretonne (disons que je baigne dedans depuis que je dois avoir 10 – 12 ans). Presque tous les week-end j’étais en fest-noz, la musique, la danse me permettait de me détendre, de m’évader, de me ressourcer et de retrouver une énergie pour continuer. C’étaient des moments partagé entre soeurs. De même mes dimanches soirs au pub pour la musique irlandaise étaient sacrés pour redémarrer une semaine. Moi je dirais que c’est plus la musique qui me procure ce bien être et cette énergie dont tu parles. Il m’est désormais difficle de pouvoir y consacrer du temps comme je le souhaiterai, mais disons que cela reste toujours présent dans un coin de ma tête.
    Avec mon mari nous partageons cette même passion pour la musique, nous espérons la transmettre à Miss E. Mais la dessus nous sommes bien partis, elle est toujours en train de farfouiller dans la boite de nos instruments.

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    1. Oui, j’imagine bien comment la musique peut avoir le même genre de place dans une vie, toujours présente, dynamisante ou apaisante, qui nous met en joie quand on y pense, quand on en fait, quand on en entend !
      Trop mignon la petite bébé qui farfouille dans les étuis !

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  3. La danse ! Ma passion (oui encore une !) !
    J’ai été piquée par le virus à 4 ans en voulant faire comme ma tante : danser dans un costume sur une scène… Donc mes parents m’ont inscrit dans un cours d’initiation et après je n’ai pas arrêté : classique, modern-jazz, puis contemporain !
    La danse classique m’a aidé à assumer mon corps qui changeait, m’a appris la rigueur, la ténacité, l’envie de progresser, travailler ma souplesse. Le modern-jazz : j’en ai fait pour faire comme les copines mais sans plus, c’était rigolo, mais je rêvais d’avoir l’âge de pouvoir m’inscrire en contemporain (dans mon école ce n’était pas possible avant 13-15 ans, en fonction de la maturité de l’élève). Le contemporain : je m’y suis éclatée, épanouie, j’ai découvert que mon corps pouvait exprimer des sentiments… Les cours d’improvisations, les happenings dans des lieux incongrus, les concours, les spectacles… Cette passion m’a permis d’aller au-delà de ma timidité, d’essayer de trouver un cours qui me convienne (pas facile, facile…). Puis, mes soucis de santé qui m’obligent (pour le moment) à mettre la pratique entre parenthèse…
    La danse ce virus familial, la passion que je partage avec ma sœur, et ma mère mais de manière totalement différente et tellement complémentaire ! Ma mère qui n’a jamais vraiment osé en faire, mais qui nous a transmis cette passion en nous emmenant voir des spectacles, ouvrant nos horizons chorégraphiques, en nous confectionnant nos costumes. Ma sœur a qui j’ai refilé la passion de danser, qui a la danse chevillée au corps et qui rêve de retrouver un cours qui lui convienne !
    Cette passion que je peux partager avec mon mari : en allant voir des spectacles surtout (danser c’est pas trop son truc).
    J’espère transmettre cette passion à mes enfants, en tout cas, je partagerai avec eux mon goût de la danse, improviser des mouvements sur une musique (peut importe laquelle), les emmener voir des spectacles…

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