Enfants, sacrifices, (in)gratitude

Après avoir écrit un looooooong brouillon sur le sujet, j’ai décidé de reprendre ma copie en entier pour essayer d’être un peu moins acerbe et plus constructive.

En attendant que notre projet bébé se concrétise, j’aimerais vous parler (et vous lire si ça vous inspire) sur un sujet qui m’interpelle beaucoup dans mon expérience d’enfant de mes parents et dans mes réflexions de futur parent de mes enfants : qu’est-ce qu’un parent « doit » à ses enfants ? qu’est-ce qu’un enfant est en droit d’attendre de ses parents ? et pour tout ce qu’il reçoit de ce qui lui est « dû », l’enfant doit-il être reconnaissant ?

J’ai du mal à imaginer que personne ne sera choqué par ce questionnement, parce qu’il semble unilatéral et peut-être brutal, donc je vais tenter de vous expliquer simplement pourquoi je me le pose et pourquoi j’aimerais faire évoluer mon regard.

Une fille ingrate ?

Pour commencer, un petit bout de ma vie, non pas parce qu’elle est teeellllement intéressante, mais parce mon regard d’enfant très tranché est à la source du reste.

On m’a souvent reproché d’être une fille ingrate (pas seulement moi, ma fratrie aussi). Je ne veux pas accabler l’un ou l’autre de mes parents ici parce que j’en ai tellement dit sur moi qu’il serait évident pour quelqu’un qui me connait de savoir de qui je parle et je ne veux pas blesser, mais ce reproche a fait partie de mon enfance. A tort et à raison.

A tort, parce que je suis respectueuse et serviable, que je ne demandais pas beaucoup de superflu, que je disais merci pour les cadeaux puis plus tard pour les restaus.

A raison, parce que j’ai toujours bloqué sur la gratitude qu’on attendait de moi pour des choses qui me semblent normales. Par exemple se débrouiller pour que toutes les étapes soient accomplies pour passer de [enfant endormi en pyjama dans son lit] à [enfant habillé avec son cartable sur le dos devant le portail de l’école] et inversement, avec les checkpoints intermédiaires [repas], [devoirs] et [bain] quand c’est nécessaire. Pour moi, ces choses-là ne sont pas du bonus mais le cœur de la responsabilité de parent, donc je ne vo(ya)is pas pourquoi je devrais dire merci.

Ce sentiment est d’autant plus fort que, depuis longtemps, je considère ne jamais avoir rien demandé à mes parents quant à mon existence. Je n’ai pas demandé à naître, c’est leur décision et leurs actes qui font que je suis là, alors pourquoi devrais-je être reconnaissante ? Lorsque j’étais au plus profond de ma dépression, j’ai vraiment regretté d’être née : je ne pensais pas à mourir, simplement j’aurais préféré ne jamais être. Je n’avais pas l’impression qu’on m’avait donné la vie comme un cadeau, mais qu’on me l’avait infligée comme une sentence.

Voilà le terrain de base. Il faut y ajouter qu’avec la séparation de mes parents, chacun a dû renoncer à beaucoup de choses pour nous élever. Mais aussi que plus tard, ils n’ont pas renoncé à certaines autres choses, et que ça m’a fait très mal. Jusqu’il y a quelques temps, le bilan ressemblait à du perdant/perdant :

  • Mes parents voyaient leurs renoncements comme des sacrifices dont il aurait fallu que je sois reconnaissante, moi j’y voyais au mieux quelque chose de normal dont il n’y avait pas à se glorifier, au pire un encombrant cadeau maudit.
  • En retour, j’avais du ressentiment pour les sacrifices qu’ils n’avaient pas faits et qui m’avaient coûté mon bonheur et ma santé.

Vous imaginez que cette situation n’est pas optimale pour une relation sereine. [Et c’est très triste car je ne doute pas, je n’ai jamais douté de l’amour qu’ils me portaient, mais je n’étais pas contente de la façon dont ça se traduisait]

Une future mère sacrificielle ?

Aujourd’hui, nous aimerions devenir parents. Donc je commence à regarder l’autre côté du problème, à vouloir construire un point de vue plus équilibré, sans avoir fait l’expérience de cet amour si unique qu’un parent porte à son enfant.

On lit beaucoup que, lorsque l’enfant naît, il devient tout naturellement la priorité. Et on constate en effet tout ce à quoi les parents renoncent pour leur tout-petit : les nuits complètes, les sorties hebdomadaires, le budget voyage, l’intimité aux WC, la moitié du salon et tant d’autres choses. On sait que le confort des enfants prime sur le nôtre, on ne leur fait pas porter le semi-remorque d’affaires qu’il faut garder à leur disposition quand on sort, on adapte notre planning au leur… En général, c’est fait de bonne grâce, avec amour et sens des responsabilités, et la tendance actuelle à ne plus toujours occulter les difficultés n’y enlève rien.

On entend aussi parler de ces petits arbitrages où on juge que finalement l’intérêt global de l’enfant sera mieux servi par un parent bien dans ses pompes que par celui s’est oublié pour sa progéniture. C’est typiquement la petite purée bio faite maison qui passe à la trappe parce que maman préfère faire son yoga/sa sieste/son blog et se sentir bien, plutôt que s’épuiser à la préparer et être amère en la donnant à son pioupiou.

Mon problème, c’est que ce petit arbitrage, je ne sais pas jusqu’où il doit aller. A quel moment l’enfant nous en voudra de ne pas l’avoir fait passer en premier ? Si on découvre (je dis n’importe quoi pour filer mon exemple) que les petits pots industriels ont rendu l’enfant stérile ou diabétique, est-ce qu’on ne se dira pas (et lui avec) qu’on aurait mieux fait de renoncer au yoga ? Il y a tellement d’inconnues dans les conséquences de nos choix, comment savoir quels sont les sacrifices nécessaires ?

Je suis sûre que beaucoup de gens disent qu’ils feraient tout pour leur(s) enfant(s), mais tout, ça s’arrête où ? Renoncer à un rein pour lui sauver la vie, renoncer à son travail pour accompagner son handicap, renoncer à une promotion pour ne pas lui imposer un déménagement, renoncer à un petit dernier pour avoir les moyens de payer les études du grand, renoncer à l’amour pour ne pas lui imposer une marâtre, renoncer à ses valeurs pour lui permettre d’intégrer un établissement sélectif, renoncer à la légalité pour couvrir ses dérapages, renoncer à sa dignité pour le nourrir…? Heureusement, la vie ne confronte pas tout le monde à tous ces dilemmes, mais je n’arrive pas à m’empêcher d’y penser.

En plus, si on choisit de sacrifier quelque chose qui nous tient à cœur, comment faire pour ne pas faire peser le regret sur l’enfant qui n’a rien demandé ?

Quant à la gratitude, c’est compliqué. Je pense que les gens savent en s’engageant sur la voie de la parentalité que ce sera un chemin ingrat, parfois coûteux moralement ou physiquement, et que toutes ces heures (de bercements, de jeu, de devoirs), tous ces kilomètres (pour aller à l’école, au judo, chez le médecin), tous ces litres (de lait, de purée, de larmes)… tout cela ne sera pas payé de mercis mais de rires en cascade, de câlins et de fierté d’avoir aidé un petit bébé Homo Sapiens à devenir une belle personne.

Mais je pense aussi qu’on est comme tout le monde, et qu’on a envie d’entendre ce merci. Et me voilà, à 31 ans, maman bientôt si la chance nous sourit, enfin prête à le dire à mes parents. Merci de m’avoir aimée, merci de m’avoir consolée, merci de m’avoir donné des valeurs qui m’aide à garder le cap malgré la houle et le brouillard, merci d’avoir fait de votre mieux – c’est facile a posteriori que critiquer un choix quand on en a vu les conséquences, mais je suis sûre que vous avez toujours choisi en pensant à nous. Finalement cette vie pleine d’amour et de projets n’était peut-être pas la pire des choses que j’ai reçue, alors tout simplement merci.

Je reviens bientôt vous raconter comment je vois aujourd’hui les attentes légitimes ou exagérées que j’ai pu avoir envers mes parents et ce que je veux absolument offrir à mes enfants.

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19 réflexions sur “Enfants, sacrifices, (in)gratitude

  1. Oh la la encore un thème passionnant !
    Personnellement j ai dans la tete que je ne dois rien attendre de Pierre. Quand je fais un « sacrifice », je me dis toujours que je le fais pour moi avant tout, parce que je me sens mieux avec ce choix, avec cette facon d etre mère. Mais je sais d avance que jamais je ne devrais jamais attendre un merci de sa part. Je pars du principe qu il a le droit d etre ingrat en gros et qu aucun de mes choix ne doit lui peser plus tard.

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    1. Je dois bien dire qu’actuellement, je suis tout à fait d’accord avec toi et que j’espère pouvoir me tenir à ce choix, car je me considère (à part égale avec mon mari) totalement responsable de la venue au monde de nos futurs enfants. J’ai ENVIE d’être maman, d’aimer et d’élever un enfant alors je choisis de le faire malgré une conjoncture mondiale déprimante, une situation professionnelle précaire et des fragilités, mais ça signifie que j’assume qu’il devienne ma priorité et donc que je doive faire ce qu’il faut pour qu’il soit heureux, et notamment le protéger contre la conjoncture mondiale déprimante et les conséquences de mes fragilités.
      Après on ne connait pas le futur, je ne sais pas si je parviendrai à m’y tenir face aux aléas de la vie… Je ne doute pas que mon père n’avait pas imaginé se retrouver tout seul au quotidien avec 3 enfants et que c’est surtout cette souffrance-là qui augmente son besoin de reconnaissance (parce que la société n’est pas toujours très sympa avec les papas solos)

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  2. Oh quel sujet !! J’avoue ne jamais m’être posée autant de questions ?
    Personnellement je n’attends rien de particulier de Miss E. Tous les « sacrifices » ne me paraissent pas des « sacrifices », je n’aime pas du tout ce mot. Il est très dur, et on ressent de la privation. Or ce n’ets pas le cas pour moi. Tout ce que je fais pour elle, est fait avec plaisir et sans arrière pensée de ce qu’elle me devra plus tard quelque chose. Bien sûr la voiture est pleine à craquer avant chaque départ et je n’ai plus ou mettre les pieds, bien sûr je suis plus bloquée dans certaines de mes sorties et au niveau professionnel, mais c’est assumé. Pour moi, devenir parent, c’est comme une étape de la vie. Entre avant et après un enfant, il y beaucoup de choses qui changent et sans s’en rendre forcément compte. L’état d’esprit n’est plus le même, les envies ne sont plus les mêmes non plus.
    Les décisions prises par les parents à un moment donné, sont celles qu’ils pensent le mieux et le plus adapté à ce moment là. Il est toujours facile de porter un jugement après. C’est valable pour les parents, mais aussi pour tout autre action de la vie quotidienne.
    Très bel article, qui m’a bien fait réfléchir. Merci

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    1. Merci, je suis contente si tu trouves cette réflexion enrichissante.
      Comme j’ai commencé à le dire en répondant à Die Franzoesin, je pense que ma réflexion vient d’une situation initiale compliquée par un événement imprévu (en l’occurrence la séparation à couteaux tirés de mes parents). L’appart’ en bazar et l’adieu aux grasses mat’, c’est de la gnognotte par rapport au bonheur de voir grandir ses enfants. Par contre, abandonner sa carrière ou renoncer à se remettre en couple pour s’occuper de ses enfants (2 cas vécus par des proches), au début tu penses que c’est le mieux à faire, et finalement l’amertume peut grandir et ça prend l’allure d’un sacrifice. Je pense au témoignage récent de stella chez la mariée en colère http://lamarieeencolere.com/2016/10/temoignage-regret-avoir-enfants/, elle a voulu ses enfants et les aime, mais les circonstances font qu’elle regarde ce qu’elle a « perdu » avec plus de regret qu’elle ne voudrait.
      Du coup, j’espère juste échapper aux grands malheurs et ne jamais me retrouver à fermer le bec de mon ado en opposition d’un « quand je pense à tout ce que j’ai fait pour toi, ingrat fruit de mes entrailles » 😉

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  3. C’est un vaste sujet, et clairement, je le trouve extremement intéressant. N’ayant pas d’enfants je serais bien mal a l’aise de donner un avis, mais en tant qu’enfant de mes parents j’en ai un. Je ne me sens pas redevable de quoique ce soit vis à vis de mes parents. Par contre j’ai beaucoup de gratitude pour leur amour et la façon dont ils ont été et sont toujours des parents prévenants et attentifs.
    Et quand je vois comment sont les choses vis à vis de mon mari et ses parents, je me rends bien compte que les choses ne sont pas aussi simple en fonction des familles. J’ai souvent l’impression justement avec mes BP, qu’on leur doit des choses et ça me gène énormément (d’autant que pour moi ce n’est pas le cas). Voilà pour ma contribution à ce sujet 🙂

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    1. Et merci pour ta contribution, qui me confirme que je ne suis malheureusement pas la seule à être confrontée à cette demande de gratitude qui peut laisser perplexe ceux qui ne l’ont jamais connue. C’est un peu difficile de me lâcher là-dessus car ça me donne l’impression d’accuser mes parents, mais il y a un vrai enjeu dedans. J’imagine que connaissant les deux situations tu sauras assez bien ce qui te sembles juste, en espérant que ton mari soit sur la même longueur d’onde.

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  4. Tu t’en pose beaucoup de questions et c’est bien légitime. Mais je pense qu’une fois que l’on est parent, on trouve vite les réponses. Pour ma part, je pense qu’effectivement en tant que parents, il est important de veiller à notre équilibre et de trouver un juste milieu entre s’occuper de son bébé et de soi. Mais il me semble que cet équilibre se trouve assez naturellement. Généralement, quant t’es au bout du rouleau tu te dit « stop » il faut que je prenne du temps pour moi. Et concernant les « sacrifices », pour ma part, c’est un choix en connaissance de cause. Oui, ma fille est clairement ma priorité mais c’est un plaisir de m’occuper d’elle donc y a pas de soucis. (ça ne empêchement que je serait pas du tout contre qu’elle fasse ses nuits 😉 )
    les enfants grandissent tellement vite !

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    1. Haha, pour les questions, je l’avais bien dit dans mon premier billet, mon mari dit de moi que j’ai un « dangereux cerveau psychotique » (mais c’est complètement faux, en réalité j’ai un dangereux cerveau névrotique ! 😉 )
      Blague à part, c’est vrai que c’est sans doute beaucoup de pensée en roue libre parce que je ne suis pas confrontée à la réalité de la chose. Comme je l’ai dit dans les autres commentaires, sur le principe général je n’ai pas d’inquiétude, mais je ne peux pas m’empêcher de penser à ces situations extrêmes qui viennent nous pousser dans nos retranchements. Du genre qu’est-ce que je ferais si la complexité d’élever un enfant handicapé brisait mon couple (ce n’est pas du jamais vu malheureusement). Ou si on devait choisir entre son épanouissement scolaire et une opportunité professionnelle unique. Ou si je découvrais que mon enfant a tué quelqu’un… dangereux cerveau quoi, on a dit ?

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      1. Oui, mais je pense que ces questions là, on ne peut pas trouver de réponse tant qu’on y est pas confronté là maintenant tout de suite. Parce qu’on peut très bien penser que l’on réagira d’une certaine manière et en fait le moment venir agir complètement différemment, alors c’est pas la peine de trop se triturer le cerveau 😉

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        1. Je suis bien d’accord avec toi sur le fait qu’on ne peut pas savoir, après il faut réussir convaincre mon cerveau de laisser tomber… Un de ces quatre j’écrirai sur mon combat pour arrêter la machine à penser.
          Mais un peu de sérénité (ou un peu moins de prise de tête en tout cas) ça ne fait pas de mal 🙂

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  5. Je pense que les parents essayent de toujours faire au mieux pour leur enfant : leur apporter la sécurité affective et matérielle à leur épanouissement avec les moyens qu’ils ont. Certains facteurs font que les enfants peuvent être touchés, souffrir par certains aléas de la vie, décision ou choix éducatifs de leurs parents. (des parents divorcés, des problèmes financiers, une éducation trop stricte ou trop laxiste…). Je me dis, qu’à partir du moment où l’enfant ne doute jamais de notre amour, de notre écoute il saura que l’on a essayé de faire ce que l’on pensait être le mieux, pour lui, pour la famille… Comme dans bien des domaines, la communication est vraiment importante et primordiale. Des non dits, des quiproquos peuvent participer à amplifier une incompréhension entre parents et enfants. « Tu as choisi de te consacrer à ta carrière plutôt que de passer du temps avec moi » « Je me suis beaucoup investi dans mon travail, car je voulais avoir une bonne situation pour que tu ne manques de rien… » Je pense qu’il est important de ne pas s’oublier soit même, que si un enfant voit ses parents heureux, ce sera un souci en moins pour lui car les enfants ressentent beaucoup de choses. Tout est une question d’équilibre. Et à chaque instant de ta vie, où tu auras des choix à prendre, je suis sûre que tu poseras le pour et le contre et vous choisirez ce qui vous semble le plus approprié pour le bien-être de tous. Bien sûr, la perfection n’existe pas alors cela demandera peut-être des compromis d’un côté comme de l’autre mais tant qu’il y a du dialogue, que l’on explique les choses, que chacun y trouve sa place et qu’il y a de l’amour cela résout bien des conflits. Cela n’empêchera pas forcément qu’à l’adolescence, à l’âge adulte ton enfant devenu grand te fasse des reproches, ait une vision différente, fasse des choix qui vont à l’encontre de l’éducation que vous aurez choisi. Mais je pense que l’on ne fait pas un enfant pour soi, qu’on doit l’accompagner pour qu’un jour il vole de ses propres ailes et ce sera à lui de choisir sa voie. Je ne pense pas qu’en tant que parents on doivent attendre des remerciements, par contre du respect oui. Et une proximité, beaucoup d’amour et d’échanges. Par exemple, si un jour mon fils de 30 ans part faire le tour du monde, je serais heureuse qu’il se confie en cas de problème, qu’il sache que ces parents seront toujours là en cas de besoin. Dans l’autre sens, lorsque les parents vieillissent, je trouve normal que les enfants les accompagnent, les entourent. Je trouve ça trop triste par exemple une grand-mère restée seule en maison de retraite pendant les fêtes de fin d’années alors qu’elle a des enfants, petits enfants qui vivent dans le même pays.

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    1. Merci beaucoup pour ton commentaire, ce que tu dis sur la communication me parle beaucoup (wahou le jeu de mot involontaire) parce que c’est clairement ce qui fait défaut dans ma famille. J’ai dû comprendre seule que si mon père avait des réactions parfois blessantes, c’était parce qu’il se protégeait de sa souffrance et de sa culpabilité, mais il n’a jamais réussi à nous en parler… En tout cas je retiens cette idée toute simple d’expliquer aussi ce genre de chose, j’espère vraiment créer un climat de parole dans ma famille, même si avec mon mari ce n’est pas gagné… Quant à l’amour qui guide l’intention, j’en parlais justement avec une amie récemment : de mon côté cette certitude d’avoir (d’être) aimée me permet de me dire que les ratés finiront par être digérés, alors que mon amie n’a malheureusement pas cette certitude et a du mal à imaginer la guérison de ses blessures…

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      1. J’ai l’impression que le besoin de parler, de communiquer est souvent plus marqué chez les femmes. Les hommes ont souvent plus de mal à communiquer sur des sujets émotionnels (même si je ne veux pas faire de généralité). Peut-être est ce dû au fait que pendants x générations les hommes devaient être forts, ne pas montrer leurs sentiments..
        Et pour ce qui est de se sentir aimé, je pense que c’est le plus important. C’est ce qui nous nourrit, nous donne de la valeur, de l’importance. On se construit aussi à travers le regard de l’autre. Avoir un grand réservoir affectif favorise la confiance en soi et c’est un véritable atout pour affronter le monde.

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  6. J’aime beaucoup ta façon d’écrire et de présenter tes interrogations. Je dois bien avouer que je ne me suis jamais posé toutes ces questions avant de devenir maman mais qu’en y réfléchissant ce sont des choses très importantes et qui conditionnent beaucoup de choses dans la relation parent-enfant.
    De mon coté je ne crois pas que mes parents aient attendu de merci ou de gratitude de ma part, je ne l’ai jamais ressenti. Mais je pense que depuis l’adolescence j’ai par contre pris conscience des choix qu’ils avaient fait pour l’épanouissement de mon petit frère et moi et je leur en suis très reconnaissante, et 1000 fois plus encore depuis la naissance de ma fille.
    En y réfléchissant, même si ma fille passe en priorité sur 99% des sujets sans qu’aucune question ne se pose, je crois que pour moi la limite ce serait de renoncer à quelque chose et d’en vouloir ensuite à ma fille d’y avoir renoncé. J’ai tendance à penser que si j’en viens à reprocher à ma fille un sacrifice que j’aurais du faire alors ce n’est finalement pas un cadeau que je lui fais, au contraire.
    Par exemple, à me reprise du travail j’aurais pu choisir (j’en avais la possibilité) de tirer mon lait au bureau mais pour moi cela aurait été vécu comme une réelle contrainte. J’ai préféré mettre en place un allaitement mixte avec des tétées matin et soir qui se passent en douceur et auxquelles nous prenons toutes les deux un réel plaisir et qu’elle prenne des biberons de lait maternisé à la crèche.
    Je pense également que la réponse à beaucoup de tes questions viendra naturellement quand tu seras confrontée à la situation en direct mais effectivement d’ici là tu as encore bien le temps de te faire des nœuds au cerveau 😉

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    1. Ton raisonnement me parait tout à fait logique. Si j’arrive à avoir un bébé naturellement, je ne pourrai pas l’allaiter avec mon traitement actuel, et mon médecin m’a demandé ce que j’en pensais : j’en pense que si je vais assez bien pour arrêter on tentera, mais sinon je préfère renoncer à l’allaitement que de sombrer à nouveau. Je suis assez persuadée des bienfaits du lait maternel, mais bien plus des bienfaits d’une maman en forme. Après si on apprend qu’il y avait une saloperie dans le lait en poudre les choses seront différentes, mais une fois de plus, c’est des fantasmes de fille angoissée, comme tu le dis les décisions se prennent quand on y est confronté, et comme a dit Claire on ne peut pas savoir comment on réagira si le malheur frappe, alors autant ne pas se manger la tête en attendant (en tout cas essayer 🙂 !)

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  7. Quel sujet passionnant ! Tu te poses beaucoup de questions !
    La question de la gratitude et du sacrifice : un thème large et pas évident pour tout le monde !
    Bébé est en route ici, mais j’ai l’impression que tout va se mettre en naturellement (merci les hormones qui me transforme en maitre Zen !). Évidemment, élever un enfant exige des « sacrifices » (c’est un mot que j’ai du mal à employer sauf d’en certains cas), il devient une priorité, mais je ne pense pas qu’il faille renoncer à tout pour lui. Lui montrer qu’on le peut être épanoui en tant que parent en faisant telle ou telle activité…
    Quant à la gratitude. J’ai énormément de gratitude envers mes parents, les choix de vie qu’ils ont fait, l’amour qu’ils nous ont donné, j’en suis reconnaissante. Ils m’ont offerts les bases pour être une adulte heureuse et épanouie et j’espère pouvoir en donner autant à mes propres enfants ! Cela ne veut pas dire que je cautionne à 100% les choix qu’ils ont fait, il y a des choses que je veux absolument éviter avec mes enfants, mais cela ne veut pas dire que je remette en cause l’éducation qu’ils m’ont donné !
    Je n’attends pas de mes enfants qu’ils me soient redevables de l’éducation que je leur donnerait… Ma belle-mère a eu du mal à laisser partir ses enfants, elle a vraiment fait des sacrifices pour eux en se disant que c’était le meilleur moyen de les rendre heureux, mais finalement elle a eu du mal à construire sa vie une fois les oiseaux partis du nid… Elle a fait un travail sur elle et les relations entre eux sont apaisées, mais il a fallu plusieurs années pour qu’elle accepte leur départ…
    (Oh là là, je t’ai laissé un sacré pavé !)

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    1. Je crois que je vais mettre un slogan à sous ma bannière : pour rendre ce blog carrossable, apportez vos pavés 😉 car j’apprécie vraiment de lire les avis des un(e)s et des autres.
      Sur le fond, je suis d’accord, le mot sacrifice est très dur mais c’est parfois le retour que j’ai de certains parents (de personnes de mon âge) mais il s’agit souvent d’histoires assez douloureuses qui ne font pas partie du cours « habituel » d’une vie, heureusement. Du côté des mères au foyer, j’ai l’impression que l’espèce de reproche qui tombe parfois sur les enfants est en fait le transfert d’une souffrance parce que même lorsqu’on fait un choix pleinement assumé, on n’en maitrise jamais toutes les conséquences (du genre regrets dans 20 ans). Ces derniers temps, je prends conscience à quel point sont rares les gens qui font délibérément du mal, chacun fait comme il peut et tant qu’il y a de l’amour et du respect, on peut finir par accepter les cahots dans nos histoires.
      Sinon, ravie de savoir que ta grossesse te rapproche de l’Éveil, si tu hésites sur le prénom vous pourrez opter pour Satori 😉

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  8. Je découvre (me penche sur, en fait, car je savais bien que tu avais un blog depuis un petit moment) ton blog avec cet article, et je dois dire que je ne suis pas déçue. C’est une introduction (introduction de mon point de vue) qui me parle, évidemment.

    Je crois que de toute façon, être parent et être enfant, ce n’est pas une relation vraiment réciproque. Il ne faut pas attendre de ses enfants le même amour que celui qu’on leur porte (et ce serait même malsain, enfin je trouve, d’aimer ses parents aussi fort, aussi intimement qu’ils nous aiment : les parents se souviennent avoir vu leur enfant sortir de leur corps… pas les enfants, et heureusement !), du moins une fois que la petite enfance est passée et qu’on n’est plus le centre de leur univers (alors qu’ils resteront toujours le nôtre, normalement).

    A partir de là, de toute façon, être parent doit être désintéressé. On ne récoltera jamais autant que ce qu’on a semé (et on y perdra même : de l’argent, du temps, sa silhouette, des heures de sommeil à la pelle et sans doute quelques années d’espérance de vie à se faire du souci pour eux…). Et puis de toute façon, le bonheur qu’on ressent à voir naître et grandir ses enfants est un peu égoïste : comme tu le dis, eux n’ont pas demandé à naître, et peut-être même qu’un jour, ils nous reprocheront de leur avoir donné la vie… ou de leur avoir fait mener cette vie, en tout cas.

    Bref, tout cela est très complexe, et même si c’est intéressant d’y réfléchir (tu as fait ma deuxième partie de soirée, je vais me coucher avec le cerveau en ébullition !), je crois qu’il faut ne pas trop y songer quand on élève ses enfants, y aller un peu au feeling. La limite du sacrifice, c’est nous qui la mettons. On doit la mettre, on n’a pas le choix (je crois que TOUT sacrifier, c’est impossible), et on se saura finalement pas immédiatement si on l’a mise au bon endroit.

    Quand tu parles de faire des petits pots maison VS bloguer, j’ai l’impression que tu parles de moi (c’est peut-être ma paranoïa légendaire ;)), mais c’est quelque chose que j’assume relativement bien (surtout maintenant qu’elle ne mange plus de petits pots, curieusement :p). Je considère que le soir après une journée harassante, il vaut mieux que je prenne un peu de temps pour moi plutôt que de cuisiner de bons petits plats maison pour le lendemain.

    Peut-être que ma fille me le reprochera. Peut-être qu’elle me reprochera quelque chose d’autre. Peut-être qu’elle me reprochera plein de choses auxquelles je n’ai même pas pensé. Sûrement même. 80% des personnes que je connais ont des choses à reprocher à leurs parents. Sommes-nous 80% de parents pourris ? (à moins que la blogosphère soit miraculeusement hors statistiques ?) Je crois qu’il faut se préparer à accepter les reproches. C’est sûrement de l’ingratitude de la part des enfants, étant donné tout ce qu’on a fait pour eux, mais on ne devient pas parent pour avoir des médailles. Si on a fait ce qu’on pouvait en accord avec nos valeurs, c’est déjà pas mal, et on peu s’accorder un peu d’auto-satisfaction, ce qui est déjà un salaire honorable 😉

    (Désolée pour la tartine – je suis connue pour ça, pour mes commentaires à rallonge :p – et désolée aussi pour son côté un peu décousu, je suis un fil de pensée pas forcément très clair, surtout en deuxième partie de soirée :p) (Je termine sur la vraie question : comment on fait pour s’abonner à toi ? Je ne crois pas que tu sois sur HC et je ne vois pas de newsletter… Je vais louper plein de réflexions nocturnes intéressantes si je dois penser à aller checker le blog directement 😉 Oui je suis un poisson rouge, ça aussi j’assume.)

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    1. J’adore ta phrase « les parents se souviennent avoir vu leur enfant sortir de leur corps, pas les enfants et heureusement ! », ça me rappelle Marion Montaigne du blog (et des livres) Tu mourras moins bête , qui disait dans je ne sais plus quel billet : heureusement qu’on ne se rappelle pas de notre prime enfance, qui a envie de se souvenir qu’il a touché le chouchou de sa mère avec l’ensemble de la face ? (Et bon appétit bien sûr !)
      Au fond, c’est vraiment ce que tu dis, on ne peut pas savoir si on fait bien sur le coup et ce qui compte c’est de faire ce qu’on croit et peut faire de mieux à ce moment-là, mais après il faut savoir, comme l’a dit Lisa, expliquer ses choix à ses enfants pour qu’ils comprennent qu’on pensait vraiment à eux en arbitrant comme ça.
      Sinon, ça me fait très plaisir que tu sois venue me lire, je ne dirais pas que tu es mon idole mais j’ai parlé de toi dans un commentaire d’un précédent billet et c’est pas tout à fait faux de dire que lorsque j’ai ajouté blog après yoga et sieste, c’était en référence à un de tes articles. (Attention, stalker alert 😉 )
      Pour l’abonnement, je viens de comprendre que seuls les gens sur WordPress ont l’air de pouvoir le faire (enfin j’ai une abonnée par mail, mais je ne sais pas comment elle a fait… précieuse abonnée mail, si tu lis ceci, je suis sincèrement intéressée par ton explication) Je dois bien dire que je galère pas mal avec WordPress version gratuite, et comme j’ai trois pieds gauches avec le Web 2.0, je ne me suis pas inscrite sur HC pour le moment. Je dois avouer que je me pose aussi la question des droits d’auteur là-bas, je n’ai pas été très à l’aise avec ce que j’ai compris des conditions d’utilisation, mais si l’une d’entre vous peut me rassurer, j’irai me créer un compte – qui me permettra aussi de te suivre parce que j’ai toujours 3 jours de retard pour l’instant ! 🙂

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