Dans ma bulle… ma dépression

Les livres, les journaux, Internet, les médias regorgent de témoignages sur la dépression, de récits, d’images. Même si tout a été dit, c’est à mon tour d’écrire, d’abord pour le sortir de moi, ensuite dans l’espoir que ça aidera peut-être quelqu’un qui n’avait pas encore trouvé dans tout ce fatras la bonne fréquence pour résonner avec son mal (et que ça l’incitera à chercher de l’aide).

Je pense que j’y reviendrai en long et en large, mais comme c’est le début ici, je me permets de me répéter un peu. Une bonne grosse dépression qui traîne depuis 5-6 ans, les médocs en continu, le boulot en pointillé… et aujourd’hui, la lumière au bout du tunnel. Ça fait tout juste un an que les premiers signes d’amélioration se sont faits voir tout doucement, et aujourd’hui, je prétends pouvoir voir le monde hors de la dépression. Mais tout cela est fragile, comme marcher sur un fil, j’ai senti l’appel du vide ce dernier mois, et j’ai repris pied d’un coup cette semaine.

C’est tellement frais, ce contraste du jour et de la nuit, ça m’évoque tellement d’images, que je me dis que c’est l’occasion d’en parler.

La semaine dernière, j’ai pleuré sur le fauteuil de Dr. Psy, de fatigue, de lassitude, envahie par le sentiment que l’horizon est bouché, que ma vie se résume à me tuer à la tâche pour 3 cacahuètes et un crachat sur les godasses.

Cette semaine, j’ai l’impression d’avoir un joli ballon d’hélium dans le cœur, tout gonflé, qui me décolle les pieds du sol, je vois au loin, j’ai des envies, des projets, Dr Psy avait le sourire en m’écoutant (même s’il essayait de le cacher).

La semaine dernière, j’ai dû bosser jusqu’à 4h du matin. J’étais en panique, furieuse contre les collègues et le système qui m’avait imposé ces délais débiles. J’ai mis 3 jours à m’en remettre physiquement, écrasée de fatigue et d’angoisse dans mon lit, avec une horloge folle dans la poitrine poum – POUM —– POUM POUM – poum – poum – POUM —– POUM, tu n’y arriveras pas, pourquoi moi ?

Cette semaine, j’ai dû bosser jusqu’à 3h30 (OK, ça craint, ce job). J’ai avancé tranquillement, confiante dans le fait que ce serait fini à temps, que ce serait bien fait. Ce matin, j’étais fière de moi. Et incapable de dormir, tellement pleine d’énergie que j’ai écrit 3 billets de blog au lieu de me reposer.

La semaine dernière, je me demandais combien de temps on doit subir sa vie avant d’être tranquille.

Cette semaine, je vois tous les possibles, les espoirs, je crois dans mon avenir, peut-être même dans celui de ceux qui nous suivront sur cette planète. 

J’ai vu une très intéressante conférence TED sur la dépression ici. Il y dit que le contraire de la dépression, ce n’est pas la tristesse mais la vitalité. J’ajouterais que le contraire de la dépression, c’est aussi l’espoir. C’est ce qui fait la différence entre dire : « j’étais fâchée de devoir travailler tard » (ce qui arrive à tout le monde) et « je me suis vue condamnée à cette vie sans aucun recours ».

Je ne suis pas guérie, loin de là, mais je me considère libérée car j’ai retrouvé l’espoir. Avant, j’étais cernée par un fatalisme atroce, l’idée que la vie ne serait qu’une répétition de cette souffrance si mal reconnue, qu’on m’avait infligé d’être vivante comme une sentence à perpétuité. En quelques jours, ce week end, je suis passée de l’autre côté, capable de voir la vraie vie avec son potentiel (je ne m’étais pas enfoncée très loin, mais la frontière est saisissante).

Imaginez une scène de la vie, pleine de gens, il y a du bruit, du mouvement. Et quelqu’un qui a l’air normal parmi les autres. Sauf que cet air qu’il respire n’est pas tout à fait le même. Ça ne se voit pas du tout, l’air est parfaitement transparent vu de l’extérieur, mais… il est gluant : c’est dur de bouger dedans ; il est lourd : c’est même dur de se lever ; il est presque opaque de l’intérieur, une vraie purée de pois : on ne voit pas à 2 mètres, et les couleurs sont ternes ; il est tellement épais : on entend à peine ce que disent les autres. Et cette bulle de mélasse ne le lâche pas, quoi qu’il fasse, où qu’il aille. Mais que faire, où aller quand on a l’impression d’être seul sur une planète déserte et isolée ?

Voilà où j’étais. La vie était fade, pesante, je ne voyais presque plus que moi, et j’étais sûre que ça durerait toujours. Puisqu’il n’y avait rien dans mon mini-monde, je n’avais envie de rien.  Ajoutons l’étreinte de l’angoisse, on touche le bonheur pur,  première pression à froid !

Et à un moment, j’étais de l’autre côté de la frontière de la bulle invisible. Comme on passe sous le rideau d’une cascade pour sortir de la grotte et rejoindre le grand air (bonjour les références de dessins animés !). De l’autre côté, l’air est fluide, léger et vivifiant comme un beau matin d’hiver, les couleurs sont vives, tous les gens sont là, tristes ou joyeux, mais vivants, on s’intéresse à eux et ils s’intéressent à nous, on peut rêver, on a envie (de tout, de rien, de n’importe quoi, juste envie), la vie nous emporte et on voit bien qu’elle peut nous mener loin, puisque l’univers est infini.

En me relisant, je trouve que le texte est bien moins sombre que le désespoir qui m’habitait, mais c’est ce qui m’est venu cette fois-ci. J’ai deux objectifs en écrivant cela : faire comprendre à ceux qui ont la chance de ne pas avoir connu ça la différence entre tristesse et dépression, et rappeler à ceux qui galèrent que ce fatalisme, c’est le fruit de la maladie, pas une réalité, et que même si on ne les voit pas tout de suite, l’espoir et la lumière sont vraiment au bout du chemin.

Par honnêteté, je vais bien dire que je n’étais pas seule. J’ai même été formidablement entourée, par mon mari, ma famille, mes amis. Mais que c’était difficile de croire à leur mots de réconfort, et d’être là pour eux. Je reviendrai parler des relations avec les autres, sujet en bonne place parmi les choses que je voudrais raconter sur cette maladie mal connue.

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